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Carnival of Souls
LE CARNAVAL DES ÂMES
De Herk Harvey
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Une course de voitures improvisée se solde par un tragique accident au cours duquel un véhicule occupée par trois jeunes femmes s’abime dans une rivière. Seule Mary Henry (Candace Hilligoss) échappe miraculeusement à la noyade. Traumatisée, la jeune femme emménage dans une autre ville et trouve un emploi d’organiste dans une église. Très vite des événements insolites surviennent, des personnages fantomatiques lui apparaissent et l’attirent irrésistiblement vers un gigantesque parc de jeu abandonné…



POINT DE VUE

Candace HilligossTout est parti d’un lieu étrange : le complexe touristique Saltair. Situé sur le grand lac salé d’Utah, Saltair fut construit en 1893 par l’architecte Richard K.A. Kletting, à la demande de l’Église mormone. Doté d’un gigantesque pavillon faisant office de salle de danse, ainsi que d’un parc d’attraction, Saltair avait pour ambition de devenir le « Coney Island de l’Ouest ». Mais les affaires périclitèrent petit à petit et Saltair dût finalement fermer en 1959. L’idée de Carnival of Souls vint à Herk Harvey en 1961, de retour d’un tournage en Californie, en passant en voiture devant le pavillon Saltair, isolé et sinistrement désaffecté. Réalisateur d’au moins 400 métrages pour Centron, une société de Lawrence (Kansas) spécialisée dans les films éducatifs et d’entreprise, Harvey propose au scénariste John Clifford, collègue travaillant pour la même boite, d’écrire un script à partir d’une image : des créatures sortant du lac salé pour ensuite aller danser dans le grand pavillon. En quelques semaines, Clifford écrit alors un scénario au fil de son inspiration, séquence après séquence, en ne trouvant une fin qu’à la moitié de son script. Harvey quant à lui réunit auprès d’investisseurs locaux la somme de 30.000 $ et part ensuite tourner Carnival of Souls pendant environ trois semaines, à Lawrence et à Salt Lake City.

Le tournage se fait avec une petite équipe technique de 5-6 personnes, Harvey loue pour la modique somme de 50$ le pavillon Saltair une semaine à la Chambre de commerce et n’hésite pas à payer quelques billets des habitants de Lawrence pour qu’ils s’improvisent acteurs, le temps d’une scène. Quand vient la question de la distribution du produit fini, les choses hélas se compliquent. Harvey fait confiance à la petite compagnie Herts-Lion, qui lui propose un pourcentage sur la distribution. Malheureusement le cinéaste sera payé avec un chèque en bois, tandis que le malhonnête Ken Herts partira en Europe avec la caisse. Plus tard, les droits d’exploitation pour la télévision vendus, Carnival of Souls ressortira de l’oubli et se fera une renommée grandissante au gré des diffusions. Enfin, Panorama Entertainment redistribuera le film sur grand écran en 1989, d’où le nom pour l’œuvre d’Harvey de « film qui ne voulait pas mourir ! »

Herk HarveyCarnival of Souls a une ambiance fantomatique, une musique à l’orgue entêtante écrite par Gene Moore et surtout des plans restant en mémoire. Son sujet surnaturel le rapproche de certains épisodes de La quatrième dimension (1959-1964), bien que John Clifford ait affirmé ne pas les connaître du temps de l’écriture de son scénario. Très souvent est cité L’auto-stoppeur (Alvin Ganzer, 1960), dans lequel la conductrice jouée par Inger Stevens était persécutée par un auto-stoppeur qu’elle-seule pouvait voir. Mais, le métrage de Harvey a aussi bien des points communs avec La rivière du hibou (Robert Enrico, 1962) et Neuvième étage (Douglas Heyes, 1960), dont les protagonistes réalisent qu’ils ne sont pas ce qu’ils croient être. S’il fallait trouver une autre similitude, ce serait avec Le porte del silenzio (Lucio Fulci, 1991), dont le héros subit une épreuve similaire.

L’originalité de Mary Henry, la froide organiste de Carnival of Souls, c’est qu’elle n’est pas un personnage très sympathique. Pourtant, la situation dont elle est victime finit par émouvoir. Force est de reconnaître tout de même que le film est un peu trop surestimé. S’il convainc lorsque Mary est aux prises avec de régulières apparitions d’un homme d’aspect cadavérique (incarné par Herk Harvey en personne), il pâtit réellement de passages cassant l’ambiance, durant lesquels la jeune femme doit subir les avances très appuyées de John (Sidney Berger), son voisin bien vivant, mais aux techniques de drague à la limite du sordide. Mais se retiennent au final les scènes empreintes d’une poésie inquiétante, durant lesquelles Mary se retrouve soudainement invisible aux yeux de tous, en étant également incapable d’entendre le moindre son environnant. S’y ajoutent celles avec les fantômes dansant dans le pavillon Saltair. A l’origine, il aurait d’ailleurs dû y avoir plus d’images des spectres, sortant de l’eau du lac salé en s’agrippant aux pilotis soutenant Saltair, mais la perte d’une bobine a définitivement compromis la vision de ces tableaux macabres.