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House of Whipcord
FLAGELLATIONS
De Pete Walker
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Jeune mannequin français vivant à Londres, Anne-Marie (Penny Irving) se laisse séduire par Mark (Robert Tayman), qui l’emmène chez ses parents, dans une vieille et grande maison de campagne. Elle comprend bien vite qu’elle n’est qu’une proie de plus, donnée en pâture à Mme Wakehurst (Barbara Markham), une ancienne directrice de prison pour femmes, et son mari, le juge Bailey (Patrick Barr). Sous prétexte de rédemption et de lutte contre la dépravation, ces deux pervers assouvissent en fait leur sadisme et leur perversité sur de jeunes captives. Inquiète de ne pas voir revenir Anne-Marie, son amie Julia (Ann Michelle) part à sa recherche.



POINT DE VUE

Robert TaymanL’ouvrage de Simon Sheridan, Keeping the British End Up : Four Decades of Saucy Cinema (Titan Books Ltd, 2001), sur l’âge d’or du cinema polisson anglais, contient une courte mais instructive biographie de Pete Walker. Issu d’une famille travaillant dans le music hall, Walker commence comme acteur avant de monter sa propre société, Heritage Films, dans les années 60. Il se met à tourner et distribuer plus de 500 courts-métrages érotiques en 8 mm entre 1962 et 1963. L’argent récolté lui permet de réaliser The Big Switch (1967) en 35 mm. Il produit et dirige plusieurs comedies érotiques comme School for Sex (1969), Cool It, Carol ! (1970) et Four Dimensions of Greta (1972), avant de se réinventer.

En effet, l’homme avoue dans le livre précité qu’il ne voulait pas se spécialiser dans “le nichon” comme le cineaste / photographe George Harrison Marks. Il entame donc dans les 70s une série d’œuvres très sombres, où prédominent les déviances sadiques : The Flesh and Blood Show (1972), Flagellations (1974), Frightmare (1974) et Mortelles confessions (1976). Ses films indépendants s’assurent le succès au box office, tandis qu’ironie du sort, son film de studio, House of the Long Shadows (1982), réunissant des vétérans de l’épouvante (John Carradine, Peter Cushing, Christopher Lee, Vincent Price) sera un échec commercial. Après ça, Walker se reconvertira dans le marché de l’immobilier, sans s’éloigner totalement du 7e art, puisqu’il restaurera plusieurs cinémas anglais comme le Picturedrome de Bognor et l’Orpheus de Bristol.

Barbara MarkhamFlagellations appartient au sous-genre Women in Prison, mais alors que la plupart des titres de cette catégorie jouent à fond sur le côté exploitation, en faisant passer la pilule de la violence en y alliant la nudité, comme par exemple les films produits par Erwin C. Dietrich (Femmes en cage, Love Camp, Esclaves de l’amour), Walker opte pour une absence quasi totale de ce second ingrédient. Selon Sheridan, le réalisateur avait affirmé en 1975, au journal The Sun vouloir choquer le public, en caressant délibérément les gens à rebrousse-poil. Pas question de se rincer l’oeil, alors que l’on pouvait s’y attendre au vu des premières pellicules de Walker. Le film a vieilli, si bien que parler de “choquant” serait excessif, pourtant il faut bien reconnaître qu’il en émane toujours un certain malaise. On peut le voir comme une critique acide des maisons de correction britanniques ou de l’opposition entre les valeurs de la vieillesse conservatrice et de la jeunesse libertaire.

L’héroïne Anne-Marie est montrée comme une oie blanche, pour que l’effet de contraste soit maximum une fois qu’elle se retrouve plongée dans l’horreur de la prison et des châtiments corporels. La scène dans le restaurant aurait pourtant dû la mettre en garde contre l’inquiétant Mark, lorsque celui-ci s’amuse soudain à lui faire croire qu’il lui coupe la joue, après lui avoir demandé de fermer les yeux. Malgré cet incident, elle fonce ensuite tête baissée en le suivant dans la demeure campagnarde de ses parents… se révélant être un établissement pénitentiaire privé dont elle va devenir pensionnaire contre son gré ! Les prisonnières, arbitrairement condamnées à vie, ont alors droit à trois chances : la première faute, c’est le cachot pour deux semaines ; la deuxième incartade, c’est le fouet ; enfin la troisième conduit à la pendaison !

Penny IrvingFlagellations présente une belle galerie de dégénérés dirigeant une terrible petite entreprise. Dans la famille “maboule”, je voudrais le fils, Mark, servant de rabatteur, en séduisant des jeunes femmes qu’il mène à l’institution de ses parents. Il y a aussi la mère incestueuse, à la tête de la prison dont elle a édicté les règles, et le père, ancien juge devenu aveugle, qui prononce la condamnation justifiant l’enfermement de toute malheureuse ayant eu le Malheur de croiser Mark. Enfin, deux femmes hommasses complètent ce beau tableau, en servant de garde-chiourmes pratiquement dépourvues de toute humanité.  !Spoiler ! Le chemin de croix d’Anne-Marie est tragique, un habile flashback laissant un temps penser que son évasion est réussie, avant qu’un ironique et cruel retournement de situation ne la ramène à la case depart. Quant à Julia, entrant dans la gueule du loup en recherchant son amie, son salut sera surtout la conséquence du constat que les déments peuplant la prison étaient arrivés à un point de rupture, menant à leur autodestruction. La même année, Walker enfoncera un peu plus le clou de l’épouvante malsaine avec l’éprouvant Frightmare, où maladie psychiatrique et cannibalisme ne font pas bon ménage…