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La fille de Dracula
LA FILLE DE DRACULA
De Jesús Franco
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Luisa (Carmen Yazalde) se rend dans le manoir familial où l’attend sa mère (Carmen Carbonell), la baronne Karlstein. Celle-ci, mourante, lui dévoile la malédiction qui pèse sur leur famille depuis des générations. En effet, dans la crypte, repose leur ancêtre (Howard Vernon), un Comte vampire à la soif inextinguible de sang. Un tueur se met à s’attaquer à de jeunes femmes en les vidant de leur sang. Serait-ce le Comte sorti de sa tanière ?



POINT DE VUE

Le regard qui tueAu cours des années 60, le très prolifique Jesús Franco œuvre dans l’épouvante aux teintes gothiques, avec notamment L’horrible Docteur Orlof (1962), Le sadique Baron Von Klaus (1962) et Les maîtresses du Docteur Jekyll (1964). Puis dans les années 70, son cinéma intègre des monstres de la littérature (Dracula, la créature de Frankenstein) ou du folklore fantastique (le loup-garou). A ce sujet, Les nuits de Dracula (1970) plaisait à Christopher Lee, son interprète principal, du fait que Franco avait gardé l’idée que le vampire se régénérait au fur et à mesure que ses victimes s’accumulaient.

L’association de Jesús Franco avec le producteur Robert de Nesle, de 1971 à 1978, permet à Franco de réaliser de curieux métrages à la limite de l’expérimental. Si Dracula prisonnier de Frankenstein (1971) demeure assez classique dans son approche de l’horreur, La fille de Dracula (1972) et Les expériences érotiques de Frankenstein (1973) se singularisent par une bonne dose d’érotisme, d’ailleurs très fréquente (et appréciée) dans la filmographie de Franco.

Carmen YazaldeFilmé en 15 jours au Portugal et en Espagne, vaguement inspiré par le roman Carmilla de Sheridan Le Fanu, dans lequel une femme se retrouve aux prises avec une entreprenante vampiresse, La fille de Dracula est original en ce qu’il mêle des éléments du fantastique (le vampirisme, malédiction familiale) et du giallo (un tueur vampire s’attaque à des femmes, tandis que la mise en scène nous montre de nombreux gros plans sur l’œil « jouisseur » de l’assassin guettant ses proies). Pourtant, le résultat n’est pas une synthèse de ces deux genres. En effet, Franco semble se désintéresser autant de l’intrigue surnaturelle (l’activité d’Howard Vernon, dans un rôle de vampire muet, se limite à se dresser dans son cercueil, comme un diablotin jaillit de sa boite ou un polichinelle dans son tiroir, au choix) que de ce qui touche au thriller (l’identité du criminel sanguinaire est aisément décelable par le spectateur non assoupi). En réalité l’attention du cinéaste se porte d’avantage sur les scènes érotiques.

Il faut bien reconnaître que les deux scènes d’amour entre Carmen Yazalde et Anne Libert sont le clou du spectacle, en particulier la première, qui alterne des plans de Daniel White au piano, avec ceux de l’avancement des ébats torrides entre Luisa et sa cousine. C’est là l’une des grandes forces du cinéma de Jesús Franco, cette aptitude à filmer avec goût des séquences très graphiques, mettant toujours en valeur les nombreuses beautés féminines que sa caméra a capturées (Soledad Miranda, Lina Romay, Pamela Stanford, Alice Arno et tant d’autres).

Howard VernonAlain Petit, auteur de Jess Franco ou les Prospérités du bis (Artus Films, 2015) – livre de référence écrit par quelqu’un connaissant bien son sujet, puisqu’il a souvent collaboré avec Franco – qualifiait La fille de Dracula d’« œuvre mineure dans la carrière de son auteur, un quickie qui ne fait naître qu’un intérêt très mitigé malgré quelques qualités. » Parmi les qualités, outre les séquences hot précitées, on retiendra surtout le rôle joyeusement sentencieux tenu par Jesús Franco en personne. Habitué à jouer dans ses propres créations, Franco incarne cette fois un personnage plus conséquent que d’habitude. Alors que plus tard, dans L’éventreur de Notre-Dame (1975), il composera un prêtre défroqué dément, persuadé que les démons sont parmi nous, il campe dans La fille de Dracula une sorte d’émule plus bavard qu’actif d’Abraham Van Helsing. Dès le début il prévient l’obtus inspecteur Ptuschko (Alberto Dalbés) que la clé du mystère se trouve chez les Karlstein, mais ben sûr il faudra attendre la fin de l’histoire pour que ce dernier capte enfin le message.