Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

Les expériences érotiques de Frankenstein
LES EXPÉRIENCES ÉROTIQUES DE FRANKENSTEIN
De Jesús Franco
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Alors qu’il venait de réanimer sa créature, le docteur Frankenstein (Dennis Price) est laissé pour mort par les sbires du Comte Cagliostro (Howard Vernon), qui capturent sa création. Désormais en son pouvoir, le monstre est envoyé par Cagliostro à la recherche de jeunes femmes, dont les diverses parties anatomiques serviront à créer une femme parfaite. Femme que Cagliostro compte accoupler avec le monstre pour engendrer une race de surhommes. Vera (Beatriz Savón), la fille de Frankenstein, dans le but de venger son père, se substitue à l’une des filles qui devait être enlevées et se retrouve dans le château de Cagliostro. Pendant ce temps, le docteur Seward (Alberto Dalbés) et l’inspecteur Tanner (Daniel White) enquêtent sur les inquiétantes disparitions.



POINT DE VUE

Jesús FrancoA partir des années 70, le Comptoir Français du Film, compagnie de distribution dirigée par Robert de Nesle, se met à produire des films à petits budgets, dont quelques-uns dirigés par Jesús Franco. Les expériences érotiques de Frankenstein, appelé aussi La malédiction de Frankenstein – ce qui d’ailleurs est moins mensonger, vu que Frankenstein étant hors-jeu dès le début, c’est Cagliostro le principal auteur d’expérimentations – appartient, tout comme La fille de Dracula (1972), aux œuvres de Franco faisant autant la part belle au fantastique qu’à l’érotisme.

Les expériences érotiques de Frankenstein peut en vérité être abordé de deux façons. Soit le spectateur, rebuté par l’aspect fauché de l’ensemble, fera cas des maquillages approximatifs (surtout l’apparence du monstre, dont la peinture argentée est fort mal répartie), de l’emphase des dialogues (notamment ceux de Melissa), du peu de soin apporté à certains détails (au cimetière, le nom Frankenstein est orthographié « Frankestein »). Soit, il sera conquis et se laissera immerger dans l’ambiance surnaturelle, la beauté des images, le baroque des personages et l’inventivité des situations.

Carmen YazaldeAlain Petit, auteur de Jess Franco ou les Prospérités du bis (Artus Films, 2015) définit Les expériences érotiques de Frankenstein comme étant : « … sans doute le plus fou des films de Jess, le plus délirant. Rarement l’auteur laissa à ce point libre cours à son imagination fiévreuse. » Contrairement à La fille de Dracula et bon nombre de métrages de Franco ayant une fâcheuse tendance à être languissant, il ne pâtit d’aucun temps-mort. L’intrigue est resserrée et rondement menée, du moins durant les 75 minutes de la version française. Cette version, de loin la meilleure, contient des scènes de nudité absentes de la version « habillée », destinée au public hispanophone. Plus longue d’une dizaine de minutes, cette dernière propose en revanche des scènes additionnelles guère indispensables. Lesdites séquences, tournées un an plus tard et s’intégrant mal au reste du film qu’elles ralentissent, montrent une gitane (Lina Romay) télépathiquement liée à Cagliostro, la destinant à engendrer son enfant, qui sera aussi sa réincarnation.

Jesús Franco a été bien inspiré avec le personnage de Melissa, femme-oiseau créée par Cagliostro en fécondant un œuf avec de la semence humaine. Âme damnée du Comte, créature aveugle se repaissant de chair humaine, Melissa déchire ses proies avec les serres qu’elle a à la place de mains. Certainement le rôle le plus intéressant d’Anne Libert dans la filmographie de Franco, Melissa n’est pas sans rappeler Morpho, le monstre aveugle exécutant les basses-œuvres de L’horrible Docteur Orlof (1962).

Anne LibertComme dit plus haut, les idées ne manquent pas dans Les expériences érotiques de Frankenstein. On y bascule à un moment dans l’ambiance des films de Stuart Gordon Re-Animator (1985) et From beyond : Aux portes de l’au-delà (1986), lorsqu’une fois ad patres, le docteur Frankenstein est ramené temporairement à la vie par sa fille à grand coup de courant électrique, afin qu’il lui indique l’identité de son meurtrier. Mais curieusement Franco se désintéresse très vite du projet de vengeance de Vera Frankenstein, mis aux oubliettes dès lors que la jeune femme se retrouve dominée mentalement par le Comte.

La scène assez graphique du « jeu de la vie et de la mort » – durant laquelle Vera et Caronte (Luis Barboo), sbire déchu du Comte, sont attachés nus l’un à l’autre et fouettés par le monstre de Frankenstein jusqu’à ce que le perdant tombe sur des pointes au sol et ce faisant fasse rempart de son corps au profit du survivant – rappelle la fibre sadique que Franco laissera s’épanouir dans ses nombreuses adaptations du Marquis de Sade, comme Les inassouvies (1970) ou Plaisir a trois (1974). Vingt-cinq ans après Les expériences érotiques de Frankenstein, Franco revisitera l’histoire de Frankenstein, mais cette fois en variante féminine, dans Lust for Frankenstein.