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Les marais de la haine
LES MARAIS DE LA HAINE
De Beverly et Ferd Sebastian
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Depuis la mort de ses parents, Désirée Thibodeau (Claudia Jennings) s’occupe de sa petite famille, n’hésitant pas à aller chasser l’alligator dans les marécages de sa Louisiane natale. Un jour, le fils du shérif, Billy Boy, et son copain Ben, l’aîné d’une fratrie de rednecks, la surprennent en plein braconnage. Refusant leurs avances contre leur silence, la virée tourne mal et Ben est tué accidentellement par Willy Boy. Ce dernier laisse entendre à son père que Désirée est la meurtrière. Apprenant la nouvelle, le père de Ben réunit alors ses deux autres fils pour donner la chasse à la jeune femme.



POINT DE VUE

Claudia JenningsFerd Sebastian et son épouse Beverly étaient des émules de Roger Corman, avec pour mot d’ordre de tourner rapidement des films au budget congru. Producteurs indépendants de la dizaine de métrages à leur actif, si les deux étaient à chaque fois co-crédités comme scénaristes et réalisateurs, Beverly se chargeait principalement du scénario, tandis que Ferd s’occupait non seulement de la réalisation mais aussi de la photographie. Ce dernier a également signé la musique de Les marais de la haine, avec notamment une chanson au nom de l’héroïne, Désirée.

Les marais de la haine a été tourné en dix jours à Caddo Lake, entre le Texas et la Louisiane, avec une caméra Arriflex 35 mm légère que Ferd portait accrochée à un harnais, comme un ancêtre de la steadicam. Il en ressort de superbes images des marais donnant un aspect à la limite du documentaire. Comme le confie Beverly Sebastian, le long-métrage a été écrit sur-mesure pour Claudia Jennings, une starlette rousse du cinéma d’exploitation des années 70, prématurément décédée dans un accident de voiture, tout de suite après avoir joué, ô ironie tragique, dans Fast Company (David Cronenberg, 1979), sur les courses de dragsters.

Sam GilmanLes marais de la haine est une petite production brassant de nombreuses influences. Alors bien sûr, qui dit marécages du sud des Etats-Unis et bouseux dégénérés inhospitaliers renvoie forcément à Délivrance (John Boorman, 1972). Pourtant, c’est plutôt avec le cinéma de Michael Winner que la comparaison est la plus judicieuse. Tout d’abord, Les collines de la terreur (1972), avec un personnage chassé qui, sur son terrain, retourne la situation en devenant le chasseur et en dégommant un par un ses ennemis. Ensuite, l’autodéfense appliquée par Désirée pour venger sa famille fait écho à celle du héros d’Un justicier dans la ville (1974). En somme, il s’agit d’une transposition rurale avec une femme cajun vengeresse, de l’univers urbain arpenté par le vigilante moustachu incarné par Charles Bronson.

Les marais de la haine synthétise deux courants du cinéma redneck. Le premier est celui des courses poursuites, pour semer les forces de l’ordre représentées par des abrutis. A ceci près qu’il ne s’agit pas là de courses en voitures, comme on en voit dans Les Bootleggers (Joseph Sargent, 1973), Cours après moi shérif (Hal Needham, 1977), ou la série Shérif, fais-moi peur ! (1979-1985), mais en canots sur les méandres des marais. Le second est celui de la confrontation avec des natifs bas de plafond, affreux sales et méchants, peuplant le précité Délivrance, mais aussi La colline a des yeux (Wes Craven, 1977).

Clyde VenturaLe scénario étoffe les rapports entre les personnages, en nous apprenant l’origine de la rancœur des Bracken à l’égard des Thibodeau (Leroy a été castré par Désirée après qu’il l’ait violée quand elle était mineure). Mais il force aussi un peu trop le trait, avec la famille Bracken, composée de violeurs, dont certains à tendance incestueuse. Cet aspect racoleur et complaisant place Les marais de la haine dans la droite ligne d’un autre Craven de la même période, à savoir La dernière maison sur la gauche (1972). Attention spoiler ! Le malaise est assez bien rendu, en particulier lorsque Julie, sœur de Désirée, se retrouve agressée sexuellement, avant que Leroy, frustré de ne pas pouvoir violer Julie comme son frère Pete s’apprêtait à le faire, la tue en lui tirant un coup de fusil dans les parties intimes.

Principal intérêt de Les marais de la haine, Claudia Jennings sort du manifestement du lot, en guerrière va-nu-pieds. Elle aurait été parfaite en Red Sonja dans l’univers de l’Heroic Fantasy. Dans le rôle du patriarche adepte du fouet de la famille Bracken, Sam Gilman a une certaine présence, et l’on s’étonne, tout en le regrettant, que le scénario n’ait pas pensé à un duel entre T.J. Bracken et Désirée à coups de fouet, comme c’était le cas dans la séquence sadique opposant Walter Matthau à un Burt Lancaster désarmé dans le western L’homme du Kentucky (1955). Succès aidant, Les marais de la haine aura droit à une suite 14 ans après, intitulée La vengeance de la femme au serpent, avec toujours Beverly et Ferd Sebastian aux manettes. Mais cette-fois, les auteurs décideront de monter un cran le côté « exploitation », en s’aventurant davantage du côté nauséeux du rape and revenge.