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La vengeance de la femme au serpent
LA VENGEANCE DE LA FEMME AU SERPENT
De Beverly et Ferd Sebastian
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Venant d’épouser le cajun Big T. Thibodeau, la citadine Angélique (Jan Sebastian) part vivre en Louisiane, au beau milieu des marais et des crocodiles. Elle y apprend la vie rude des autochtones, quand une bande de rednecks, dont le chef, Leroy, est le rival de Big T., laisse ce dernier pour mort et enlève la jeune femme. La belle se fait violer par la bande, avant de réussir à s’enfuir. Pour se venger, elle va devoir user de courage et de cruauté à la hauteur des sévices subis.



POINT DE VUE

Jan SebastianPour Les marais de la mort (1974), les scénaristes-réalisateurs-producteurs indépendants Beverly et Ferd Sebastian avaient passé un marché avec Paramount, chargé de distribuer le film en vidéo. Un gros succès en découlant, notamment en Europe, Paramount incita donc les Sebastian à tourner une suite « direct-to-video », quatorze ans plus tard. Comme pour la série des Evil Dead, il s’agit d’une suite sans en être vraiment une. Leroy, le méchant occis dans le premier, est cette-fois bien vivant, tandis que l’héroïne Désirée est morte. Quant à son jeune frère, autrefois muet, il est dorénavant pourvu d’une langue dans La vengeance de la femme au serpent.

Tourné en Louisiane sur le lac Verret, La vengeance de la femme au serpent met davantage l’accent sur la culture cajun que son prédécesseur, avec en particulier le mariage très « couleur locale » d’Angélique et Big T., assez proche de la fête à la fin de Sans retour (Walter Hill, 1981), musique cajun à l’appui. Le film est également bien plus orienté vers le rape and revenge que Les marais de la mort, et l’on y sent l’influence d’Œil pour œil (Meir Zarchi, 1978), l’une des éprouvantes références en la matière. La scène assez dure, durant laquelle Angélique est aux mains de ses agresseurs la violant l’un après l’autre, a été inspirée par Beverly se rappelant avoir vu en Californie un renard attaché à un piquet tourmenté par des rednecks. Il suffisait alors de remplacer le renard par une captive…

Tray LorenÉvitant le glauque poisseux de La dernière maison sur la gauche (Wes Craven, 1972) ou Le dernier train de la nuit (Aldo Lado, 1975), La vengeance de la femme au serpent contient quelques idées intéressantes et inhabituelles dans ce genre de métrages. Tout d’abord, on y voit Big T. apprenant à sa femme à survivre en milieu hostile (séances de tir, de lutte, de conduite de bateau). Leçons qui lui serviront lorsqu’Angélique sera aux prises avec ses tortionnaires et idée plus tard exploitée à l’extrême par Don Coscarelli dans son épisode La survivante (2005), de la série Masters of Horror.

Ensuite, il y a la question de la pression du groupe lors des violences sexuelles, représentée par le personnage de Luke. Faisant partie du groupe d’agresseurs dirigé par Leroy, Luke est totalement sous la coupe de son meneur et se retrouve incapable de lui désobéir, même s’il regimbe à violenter Angélique dont il est amoureux. Comme ses camarades il doit donc violer la jeune femme, mais il a tout de même le geste de lui procurer la clef de la chaine la retenant prisonnière, afin qu’elle s’évade pendant la nuit. Dans le rôle de la victime devenant bourreau, la pulpeuse Jan Sebastian, épouse de Tray Loren et belle-fille des Sebastian, remplace avantageusement Claudia Jennings, disparue en 1979. La vengeance de la femme au serpent s’avère plus complaisant que Les marais de la mort quant à la nudité, et Jan Sebastian s’avère sacrément proportionnée.

Paul MuzzcatD’un côté, les secondes aventures de la famille Thibodeau adoptent plus de nuances dans l’approche de certains personnages, puisque les hommes n’y sont pas tous représentés comme des saligauds. De l’autre, on y retrouve le manque de crédibilité psychologique remarqué dans Les marais de la mort, puisque le traumatisme de l’agression est vite effacé par l’entrain des héroïnes à éliminer un par un les odieux mâles. Mais comme le dit si bien Maxime Lachaud, dans les suppléments du DVD détaillés plus bas, le fait que le trauma ne dure pas longtemps et que le portrait psychologique ne soit pas réaliste, rappelle que les deux films des Sebastian sont avant tout des divertissements.