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Les démons
LES DÉMONS
De Jesús Franco
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : En Angleterre, sous Charles II, une sorcière pustuleuse (Rosa Palomar) est condamnée au bûcher. Sur le point de périr, elle lance un anathème visant ses persécuteurs : le juge Jeffries (Cihangir Gaffari), William Renfield (Alberto Dalbés), son conseiller, et Lady De Winter (Karin Field). Ses filles, prétend-elle, seront l’instrument de sa vengeance. Effrayée par cette menace, Lady De Winter convainc Jeffries de rechercher les filles en question. Réfugiées dans le couvent de Blackmoor, ces dernières (Anne Libert et Carmen Yazalde), ignorant tout de leurs origines, sont sur le point de prononcer leurs vœux.



POINT DE VUE

Karin FieldSelon les propres mots de son auteur, Les démons fait partie du triptyque qu’il a réalisé sur les « drames de l’Inquisition », commencé avec Le trône de feu (1970) et achevé avec Lettres d’amour d’une nonne portugaise (1977). Film de Nunsploitation, il tente bien évidemment de surfer sur le succès récent du film de Ken Russell Les diables (1971). Mais alors que Les diables s’inspirait de faits réels et des déboires du prêtre Urbain Grandier, accusé à tort de sorcellerie, Les démons nous narre une histoire, où le fantastique se manifeste par le biais de sorcières puissantes et vindicatives. Gurney, la vieille sorcière, compte sur sa descendance pour punir ses bourreaux. Ses deux filles, après des sévices divers, embrasseront leur nature de servantes de Satan, pour que justice diabolique soit rendue.

On retrouve dans Les démons le personnage de l’impitoyable juge Jeffries, auparavant vu dans Le trône de feu, très librement inspiré d’une figure historique anglaise du 17e siècle. En effet, Lord George Jeffreys, fut un sinistre juge protestant, ayant fait du zèle pour son roi catholique, en pendant à tour de bras. Cihangir Gaffari remplace ici Christopher Lee dans le rôle du scélérat, avec un côté « dandy de l’Inquisition » assez inspiré.

Cihangir GaffariLes démons mélange à forte dose érotisme et sadisme, ce qui a donné lieu à de nombreuses coupes de la part de la censure dans divers pays. La version intégrale ici proposée permet d’apprécier ce que Franco filme le mieux : le corps dénudé de ses actrices, avec une caméra se promenant sur leur anatomie sans hâter le mouvement (avec ici une prédilection pour les postérieurs et les sexes). Les nombreuses scènes de torture dont la malheureuse Anne Libert fait principalement les frais évoquent en moins gore les séquences de La marque du diable (Michael Armstrong et Adian Hoven, 1970). Quant aux passages érotiques, dont beaucoup sont saphiques, ils s’avèrent assez gratinés, notamment lorsque le visage de Karin Field se retrouve joyeusement dans les fesses de Carmen Yazalde !

Comme c’était déjà le cas dans Les expériences érotiques de Frankenstein (1973), autre production Robert de Nesle, les dialogues fleuris écrits par Jesús Franco réjouissent par leur lyrisme. Au couvent, Catherine (Anne Libert), n’ayant pas la vocation pour la vie monacale, se confie ainsi à sa sœur Margaret (Carmen Yazalde), a priori plus apte à la vie de bonne-sœur : « Je n’y peux rien, le printemps m’attire, j’ai l’impression que la sève pénètre profondément en moi, je suis très troublée. Je dors mal, je voudrais être en train de courir dans les champs et laisser le vent caresser mon corps nu. »

Howard VernonTypique du cinéma de Jesús Franco, Les démons allie des scènes très réussies avec d’autres confinant au grotesque cheap. Concernant ce qui fonctionne, citons notamment l’apparition du malin, sous forme d’un séduisant jeune homme, dans la cellule de Margaret. Une rencontre surnaturelle qui se termine de façon bien charnelle, puisque le diable entreprend de prendre la chaste jeune femme par derrière, afin de l’initier à devenir femme de Satan ! Attention spoiler ! En revanche, déplorons le peu de soin apporté au « baiser de Satan » apposé par Margaret pour se venger des responsables de la mort de sa mère. Une fois embrassée, chaque victime se transforme en squelette… de laboratoire, avec fixations aux jointures et clou dans le crâne pour le fixer dans la salle de classe compris !

Dans le rôle secondaire de Lord Malcolm De Winter, fomentant pour se rallier à Guillaume d’Orange, Howard Vernon joue pour une fois un personnage positif, dans le petit monde de Jesús Franco. Festival de beautés laissant toutes à un moment donné leurs vêtements au vestiaire (Anne Libert, Carmen Yazalde, Doris Thomas, Karin Field), Les démons présente en la sinistre personne de Lady De Winter (Field) une sorte d’Ilsa de l’Inquisition n’ayant que peu à envier à la sadique gardienne campée par Dyanne Thorne dans les films de Nazisploitation. Le plaisir éprouvé par Lady de Winter, au spectacle de la torture au fer rouge infligée au corps nu de Catherine, refroidissant quelque peu son amant Renfield, celui-ci lui demande : « Ça t’excite, reconnais-le », et De Winter de répondre en toute franchise : « J’avoue que ça m’excite, c’est très joli à voir. ». Au vu des méfaits de cette fieffée garce, le spectateur prend rapidement le parti des sorcières. La musique Groovy de Jean-Bernard Raiteux semblera assez anachronique pour un film en costumes, pourtant elle se révèle fort à-propos, son modernisme et sa vélocité épousant parfaitement les images souvent violentes de Les démons qui, quoique d’une durée se faisant sentir, parvient à séduire par son ambiance sensuellement diabolique ou diaboliquement sensuelle.