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Tender Flesh
TENDER FLESH
De Jesús Franco
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Strip-teaseuse dans une boîte de nuit, Paula (Amber Newman) se fait remarquer par un étrange couple (Alain Petit et Lina Romay), certainement riche, et prônant l’amour libre. Il l’invite alors à venir passer quelques jours dans un palace sur une île, auprès de leur servante muette (Analía Ivars), et d’une belle baronne (Monique Parent) accompagnée de son mari efféminé (Aldo Sambrell). Là, au milieu du luxe et des mœurs dépravés des protagonistes, Paula va découvrir que ses hôtes sont plutôt portés sur la chasse et la chair humaine.



POINT DE VUE

Amber NewmanAprès ses « 30 glorieuses », les années 90 marquent sans conteste le crépuscule de la carrière de Jesús Franco, dont la plupart des projets sont dorénavant destinés au marché vidéo et condamnés à une distribution confidentielle. En 1996, l’américain Kevin Collins, chargé de faire une interview de Lina Romay, sympathise avec Franco et sa muse et de leur envie de travailler ensemble naît Tender Flesh, premier de la douzaine de films tournés par le réalisateur pour One Shot Productions. Collins se souvient qu’Alain Petit l’avait aidé à contacter Franco et le suggère à ce dernier pour incarner le personnage du cuisinier français, époux de la chasseresse Gorgona jouée par Romay. Alain Petit, dont la dernière apparition à l’écran pour Franco remonte à Justine (1979), accepte avec joie de rejouer pour lui, même si, n’étant pas acteur de profession, il ne lui cache pas son appréhension quant au texte à apprendre pour la fameuse scène de la cuisine. Redoutant chaque jour que soit filmée la séquence, Petit doit supporter que Franco s’amuse à le faire lanterner, en lui disant « non, on ne la tournera pas aujourd’hui, peut-être demain ! »

Avec Tender Flesh et son histoire de chasse à la femme, Jesús Franco revisite la nouvelle de Richard Connell, Les chasses du comte Zaroff (1924), qui lui avait déjà inspiré La comtesse perverse (1974). Le film évoque aussi, dans une moindre mesure, Flagellations (Pete Walker, 1974), puisque dans les deux cas une jeune femme est dupée par son petit ami, qui est en réalité un rabatteur, chargé de la livrer à une bande de pervers, dirigeant une institution carcérale privée dans le Walker, et propriétaire d’une île sur laquelle toutes les déviances sont de mise dans le Franco.

Monique ParentDans son monumental ouvrage Jess Franco ou les Prospérités du bis (Artus Films, 2015), Alain Petit est assez dithyrambique à propos de Tender Flesh, qu’il considère comme « une perle rare, un Jess Franco grand cru… » Malheureusement son enthousiasme ne se partage pas forcément. Le long-métrage peine franchement à séduire par son manque de goût. Il faut bien reconnaître que si Lina Romay charmait dans les années 70, la quarantaine ne lui a pas été très clémente, et voir immanquablement son corps, dans les Franco millésimés 90, suscite dorénavant davantage l’embarras que l’excitation. Comme à son habitude, le cinéaste succombe à son penchant pour les scènes de cabaret et celle de Tender Flesh, montrant Amber Newman lutiner deux statues dont les sexes géants s’élèvent jusqu’au climax, dégage aussi peu de tension érotique que celles de Mari-Cookie and the Killer Tarantula (1998), autre production One Shot Productions.

Attention spoiler ! Contre toute attente, Jesús Franco condamne Tender Flesh à une distribution confidentielle avec une séquence bien entendue retirée des diffusions sur le cable, à savoir la scène précitée de la cuisine, montrant Analía Ivars pisser dans un pot (gros plan à l’appui), afin que Paul Radeck (Alain Petit) ait une sauce pour le plat qu’il prépare ! Passage presque obligé chez Franco, Paula notre héroïne se retrouve copieusement fouettée, avant qu’un effet optique donne une impression chaotique de kaléidoscope à l’ensemble, quand les autres protagonistes s’amassent pour abuser d’elle. L’ambiance se rapproche parfois du porno – genre d’ailleurs quelquefois visité par Franco - avec la même Analía Ivars passant sous la table lors du repas d’arrivée, pour se promener d’un entrejambe à un autre.

Analía IvarsPour clore sur une note positive, les présences féminines rehaussent l’intérêt de Tender Flesh. Amber Newman, qui retravaillera avec Franco l’année d’après dans Mari-Cookie and the Killer Tarantula et Lust for Frankenstein, est plaisante à regarder, tandis que Monique Parent apporte une certaine classe malsaine à son personnage de baronne perverse, tentée par la chasse d’un gibier humain. Enfin, mention spéciale à Analía Ivars dans le rôle déstabilisant de Furia, la servante qui se promène nue tout au long du film avec un air lubrique, en parfait complément de ses maîtres les Radeck, tout aussi psychopathes qu’elle.