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Siren of Atlantis
LES SIRÈNES D’ATLANTIS
De Gregg G. Tallas
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Partis à la recherche d’un archéologue, le lieutenant Saint-Avit (Jean-Pierre Aumont) et le capitaine Morhange (Dennis O’Keefe) se perdent dans le Sahara et sont recueillis par des touaregs qui les mènent dans la mythique cité d’Atlantis sur laquelle règne en despote absolue la troublante Antinéa (Maria Montez). Cette dernière, qui a coutume de faire mettre à mort ses amants lorsqu’ils tombent en disgrâce, s’éprend de Saint-Avit. L’infortuné parviendra-t-il à échapper au funeste sort de ses prédécesseurs ?



POINT DE VUE

Maria MontezLe roman L’Atlantide de Pierre Benoit, paru en 1919, a inspiré plusieurs adaptations cinématographiques dès 1921. Celle de 1949 a eu une genèse des plus laborieuses. Tourné par Arthur Ripley (L’évadée, Thunder Road), le montage original n’a pas l’heur de plaire au public lors de projections-tests. En conséquence, le producteur Seymour Nebenzal décide de faire retourner une partie des scènes par John Brahm (Jack l’éventreur, Hangover Square). Ni Ripley ni Brahm ne voulant assumer la parenté du produit fini, c’est le monteur Gregg G. Tallas qui est seul crédité comme réalisateur au générique. Pour la petite histoire, Tallas, visiblement habitué des productions contrariées, sera trente ans plus tard l’un des metteurs en scène de Cataclysm (1979), dont une version condensée constitue l’un des segments du très réjouissant film fantastique Train express pour l’enfer (1985).

Comme son nom l’indique, L’Atlantide, qu’Artus Films sort sous le titre Les sirènes d’Atlantis, prend pour toile de fond le royaume mythique englouti par les eaux, que Platon a été le premier à mentionner au IVe siècle avant Jésus Christ. Certains ont placé la cité atlante en Amérique du Sud, d’autres en Scandinavie ou dans les Açores, Benoit quant à lui la place en plein désert saharien. Comme dans Horizons perdus (Frank Capra 1937), il est question d’une ville difficile d’accès, isolée du temps et de la civilisation se modernisant.

Jean-Pierre AumontAvec sa reine dominant un empire perdu, l’intrigue évoque le roman Elle de Henry Rider Haggard, paru en 1886 et lui aussi adapté au cinéma de nombreuses fois (La Source de feu en 1935, La déesse de feu en 1965). Haggard mettra d’ailleurs le doigt sur la similitude avec son œuvre. Toutefois, Antinéa, incarnée avec aplomb par l’actrice dominicaine Maria Montez, est loin d’avoir la dimension romantique du personnage d’Ayesha inventé par Haggard. Despote fortement matinée de mante religieuse, Antinéa collectionne pour amants les infortunés voyageurs ayant échoué dans l’Atlantide. La belle vénéneuse se lassant assez vite de ses compagnons successifs, ceux-ci n’ont même pas le temps d’avoir le cœur brisé par la rupture, puisqu’ils finissent recouverts d’or, comme statues servant à agrémenter le hall du palais. La reine dispute régulièrement des parties d’échec avec ses prisonniers, le fait qu’elle gagne immanquablement symbolisant bien sa toute-puissance sur le sort des hommes.

Antinéa voit arriver en son domaine deux militaires liés par l’amitié. Le vertueux Morhange, qui se destinait à la prêtrise, indifférent à son charme, n’aspire qu’à s’évader. En revanche, Saint-Avis, comme envoûté, ne souhaite que rester auprès d’elle. Ayant jeté son dévolu sur Saint-Avis et sentant que Morhange sera un obstacle entre eux, la diabolique Antinéa optera pour la suppression du « fou » pour garder son « cavalier ». A son arrivée, Saint-Avis, nouveau favori manque de se faire tuer par Lindstrom, ancien amant devenu alcoolique après sa disgrâce. Puis progressivement rongé par la jalousie, Saint-Avis suivra inéluctablement le même sort que Lindstom.

Dennis O'KeefeLa durée courte du métrage permet d’éviter la lassitude d’assister à la énième déchéance d’un homme amoureux d’une femme perverse (L’ange bleu, La femme et le pantin, La chienne etc.) Dans ce drame un peu pesant, tenant davantage du huis-clos que de l’aventure exotique, on retiendra surtout l’interprétation d’Henry Daniell dans le rôle très déplaisant de Blades. Prisonnier apprécié pour son esprit par la reine, mais écarté d’office des prétendants potentiels du fait de son physique peu attrayant, Blades s’amuse à monter les autres captifs entre eux. A l’instar de Iago auprès d’Othello, le calculateur et malfaisant Blades attisera les braises de la jalousie de Saint-Avis, qui pense que son ami Morhange est dorénavant le nouveau numéro un auprès d’Antinéa. L’issue ne peut qu’être tragique... Si la Shangri-La d’Horizons perdus était un lieu paradisiaque, la cité de L’Atlantide est au contraire un enfer où il vaut mieux ne pas s’aventurer.