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Angel on My Shoulder
L’ÉVADÉ DE L’ENFER
D’Archie Mayo
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Abattu par un rival, le gangster Eddie Kagle (Paul Muni) se retrouve aux enfers. Surnommé Nick, le diable (Claude Rains) lui propose de retourner sur terre afin de lui permettre d’assouvir sa vengeance, En échange, Eddie devra revêtir l’enveloppe corporelle d’un juge intègre pour le discréditer. Contre toute attente, Eddie va tomber amoureux de Barbara Foster (Anne Baxter), la fiancée du juge, et contrecarrer les plans de Nick.



POINT DE VUE

Paul MuniL’évadé de l’enfer est la dernière réalisation d’Archie Mayo, prolifique cinéaste ayant débuté au temps du muet, à qui l’on doit plusieurs réussites comme La forêt pétrifiée (1936), Les aventures de Marco Polo (1938) et Une nuit à Casablanca (1946). Il fait partie du courant assez en vogue dans les années 30-40 de la comédie fantastique à connotation morale : La mort prend des vacances (Mitchell Leisen, 1934), Un nommé Joe (Victor Fleming, 1943), Une question de vie ou de mort (Michael Powell et William Pressburger, 1946), La vie est belle (Frank Capra, 1946). Avec son histoire d’un trépassé qui revient sur terre dans la peau d’un autre, ce n’est pas une coïncidence s’il partage des similitudes avec Le défunt récalcitrant (Alexander Hall, 1941), sachant qu’Harry Segall, auteur de la pièce Heaven Can Wait qu’adapte le métrage de Hall, n’est autre que l’un des coscénaristes de L’évadé de l’enfer.

De prime abord, le jeu de Paul Muni - très reconnu depuis son rôle de dangereux bandit dans Scarface (Howard Hawks, 1932) - laisse présager le pire. Il semble le cliché ambulant du gangster, si bien véhiculé dans les années 30 par ses camarades Humphrey Bogart, James Cagney, George Raft, et Edgar G. Robinson. Pourtant, au fur et à mesure que son personnage s’humanise au contact de Barbara, le comédien réussit alors une composition nuancée et touchante. Amoureux de la fiancé de l’homme à qui il doit nuire et dont il habite temporairement le corps, Eddie est victime d’un amour impossible, reposant sur une usurpation. Il reçoit les attentions de Barbara qui pense qu’il est son fiancé, dont le comportement inhabituel - le juge aux manières policées est soudain devenu fruste - s’expliquerait par un surmenage. L’évadé de l’enfer constitue l’une des dernières apparitions de Muni sur grand écran, celui-ci préférant de consacrer davantage au théâtre. Il triomphera notamment sur scène en 1955 dans une adaptation d’Inherit the Wind.

Claude RainsLe ressort comique de L’évadé de l’enfer vient du fait que Kagle opte plusieurs fois pour le bien, quoiqu’involontairement, au grand dam du diable qui espérait pouvoir semer le chaos par son intermédaire. Le juge briguant au poste de gouverneur, Kagle doit saboter sa candidature par un discours où il insulterait l’auditoire, mais avant d’avoir pu ouvrir la bouche il est pris à partie par des fauteurs de trouble dans la salle et se met à jouer du poing, ce qui le rend populaire aux yeux du public ! Plus tard, toujours dans la peau du juge, Kagle est censé accepter un pot de vin d’un couple coupable de tentative de meurtre pour toucher une assurance. Mais reconnaissant que la femme n’est autre que son ancienne petite amie volage, il refuse l’argent tendu et colle le maximum de la peine aux époux criminels !

On constate que Kagle n’est pas des plus perspicaces, vu qu’il ne réalisera qu’à la fin que son compagnon avec qui il s’est évadé de l’enfer n’est autre que le démon ! Claude Rains, habitué à interpréter les méchants (L’homme invisible, Robin des bois, Les enchaînés), fait d’ailleurs un diable des plus sobres, ne se laissant jamais aller, "dieu merci", au cabotinage méphistophélique. Quant à Anne Baxter, elle arrive à éviter le côté fadasse du rôle de la pure jeune fille qui arrive à faire fondre un malfaiteur endurci. Reconnaissons tout de même qu’Eve (Joseph L. Mankiewicz, 1950) lui offira le rôle de sa vie en comédienne arriviste. Sans être un classique comme le vante la couverture du DVD, L’évadé de l’enfer demeure un spectacle pas désagréable, pour les amateurs de ce temps très reculé du cinéma américain en noir et blanc. En 1980, John Berry dirigera un remake pour la télévision, Un ange sur le dos, avec Peter Strauss, Barbara Hershey et Richard Kiley succédant à Muni, Baxter et Rains.