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Eyes in the Night
LES YEUX DANS LES TÉNÈBRES
De Fred Zinnemann
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Norma Lowry (Ann Harding) sollicite l’aide de son ami le détective non voyant Duncan Maclain (Edward Arnold) car elle vient d’apprendre que Paul Gerente (John Emery), l’un de ses ex prétendants, courtise Barbara (Donna Reed), sa belle fille âgée de 17 ans. Lorsque Gerente est retrouvé assassiné, Norma devient la principale suspecte de ce crime. Avec l’aide de Friday, son fidèle chien, Duncan va mener une enquête débouchant sur une obscure affaire d’espionnage.



POINT DE VUE

Edward ArnoldLes yeux dans les ténèbres est l’un des tout premiers longs-métrages de Fred Zinnemann, dont le palmarès fut des plus prestigieux (Les anges marqués, C’étaient des hommes, Le train sifflera trois fois, Tant qu’il y aura des hommes, Au risque de se perdre, Julia). Il s’agit de l’adaptation de The Odor of Violets, un roman policier de Baynard Hardwick Kendrick, auteur d’une quinzaine d’ouvrages consacrés à son personnage de détective aveugle Duncan Maclain. L’expérience de Kendrick, au contact d’aveugles durant la Première et la Seconde Guerres Mondiales, lui servit d’inspiration dans l’écriture de son ouvrage Lights Out, adapté au cinéma sous le titre La nouvelle aurore (Mark Robson, 1951), et sa collection d’aventures de Duncan Maclain. Son héros fut incarné sur grand écran par Kent Taylor dans The Last Express (Otis Garrett, 1938), puis par Edward Arnold, dans Les yeux dans les ténèbres et The Hidden Eye (Richard Whorf, 1945).

Ducan Maclain est accompagné de Marty (Allen Jenkins), un sidekick lui décrivant en détail les pièces dans lesquelles il doit enquêter. Surtout, le détective bénéficie de l’aide inestimable de son berger allemand Friday, pourvu d’une intelligence hors du commun et dont le seul point faible est une allergie aux fleurs. A l’instar de l’animal de la série Rex, chien flic (1994-2004 et 2008-2015), Friday comprend tout ce que lui dit son maître, plaisanteries y compris et de réguliers gros plans sur le chien font à chaque fois saisir au spectateur que le canidé ne perd rien des conversations. A chacun de trouver cet anthropomorphisme fort amusant ou irritant au possible.

FridayL’intrigue du film est des plus classiques, avec des espions manifestement nazis - c’était de circonstance – qui cherchent à s’emparer d’une formule secrète en s’infiltrant dans la famille du savant américain, avant que Maclain ne s’interpose. Mais Les yeux dans les ténèbres contient plusieurs éléments assez originaux, qui en font un plaisant divertissement. Ce justicier atteint de cécité, adepte de la lutte, lui permettant de terrasser ses adversaires au corps à corps, est en quelque sorte, un cousin éloigné de Zatoichi, le masseur aveugle au sabre redoutable, immortalisé par Shintarô Katsu dans de nombreux métrages japonais. Dans une scène attendue, Maclain, retournera son handicap à son avantage, lorsqu’il se battra dans le noir avec un ennemi voyant et armé, mais fragilisé par l’absence soudaine de lumière.

Donna Reed compose un personnage de jeune garce assez réjouissant par son côté odieux. Alors que Norma, sa mater dolorosa de belle-mère, ne cherche qu’à la protéger de celui qui était son ancien amant, Barbara se plaît à l’humilier et à la faire chanter pour qu’elle déguerpisse ! Défaut principal de Les yeux dans les ténèbres, un passage un peu long durant lequel Maclaine, se faisant passer pour l’oncle de Norma, s’efforce chez elle de déranger les plans des espions infiltrés parmi le personnel de maison, en se mettant notamment à jouer du piano en pleine nuit. On a alors presque plus de sympathie pour les méchants ! Autre fausse note, l’humour pas toujours fin concernant le chien Friday qui devant chercher de l’aide, interrompt sa mission quand une chienne lui fait du charme ! Il faut aussi parler d’un ressort comique, signe de l’époque du tournage, mais qui passe bien mal au 21e siècle, à savoir celui du domestique noir de Maclain, présenté comme un benêt roulant des yeux, jaloux de Friday qu’il accuse d’empiéter sur ses fonctions auprès de son employeur.