Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

 
     




 

 

 

 

Go for Broke !
TOUT OU RIEN
De Robert Pirosh
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Camp Shelby, Mississippi, 1943. Frais émoulu de West Point, le Lieutenant Michael Grayson (Van Johnson) est affecté au 442e Régiment, une unité composée de « Nisei », engagés volontaires d’origine nippo-américaine. Peu motivé par ce commandement, Grayson va progressivement découvrir l’humanité, le courage, l’abnégation de ces hommes prêts à mourir pour défendre le plus beau des idéaux : celui de la liberté.



POINT DE VUE

Van JohnsonPrincipalement scénariste (Ma femme est une sorcière, Bastogne, L’enfer est pour les héros), Robert Pirosh n’a mis en scène que cinq métrages, dont Tout ou rien. Ce dernier appartient au courant de films de guerre proche du documentaire, avec de vrais soldats s’improvisant acteurs par souci d’authenticité, comme c’est le cas dans La ville écartelée (George Seaton, 1950). Avec son histoire de militaires nippo-américains, Pirosh a pour volonté de rendre hommage à des soldats particuliers de l’armée américaine. Il en sera de même bien plus tard avec Windtalkers : Les Messagers du vent (John Woo, 2002) sur les indiens Navajos affectés aux postes d’opérateurs radio durant la Seconde Guerre Mondiale. Le 442e Régiment d’infanterie et le 100e Bataillon d’infanterie furent composés de citoyens américains d’origine japonaise (ou Nisei), qui s’illustrèrent dans sept campagnes d’Europe et récolèrent de nombreuses décorations.

Une citation du Président Franklin Roosevelt introduit le film en en dévoilant son esprit : « La proposition du Département de la guerre de former une unité de combat composée de citoyens américains patriotes d’origine japonaise reçoit mon approbation totale. Le principe selon lequel ce pays a été fondé et selon lequel il a toujours été dirigé est que l’on est américain de cœur et d’esprit et non en fonction de sa race et de son héritage. » Après l’attaque de Pearl Harbor le 7 décembre 1941, les Etats-Unis déclarent la guerre au Japon. Par mesure de sécurité intérieure, les citoyens américains d’origine japonaise se retrouvent dans des centres d’internement. S’offre à certains la possibilité de se porter volontaires pour intégrer l’armée américaine. Tout ou rien est très didactique, en ce qu’il martèle son message de tolérance, visant à rappeler au public américain des années 50 que tous les individus d’origine nippone n’étaient pas des ennemis durant le conflit encore très récent. Si les Nisei ont une double culture, le scénario insiste plutôt lourdement sur le fait que ce sont des Américains moyens comme les autres, usant entre eux des expressions typiques (« How do you like that », « Take it easy », « Beat it »).

Henry NakamuraLa trame est assez attendue avec Grayson, l’officier plein de préjugés, rêvant d’être transféré dans une autre division, qui apprend progressivement à estimer les hommes sous ses ordres. Ce sera ensuite à lui de faire la morale à l’un de ses collègues trahissant une mentalité raciste. L’évolution psychologique du Lieutenant Grayson, lui faisant prendre conscience que tous les asiatiques ne sont pas des adversaires haïssables, est à rapprocher de celle du Sergent Hank Kowalski, campé par Paul Douglas, dans le précité La ville écartelée. Affecté dans le Berlin dévasté d’après-guerre, l’américain Kowalski – qui a souffert de mauvais traitement comme prisonnier de guerre - méprise d’emblée tous les Allemands qu’il met « dans le même sac », celui des vaincus, avant de s’humaniser en nuançant ses convictions. Mais l’intérêt de Tout ou rien est de ne pas se focaliser sur le changement du Lieutenant Grayson, presque un personnage secondaire, en laissant une large place aux soldats nippo-américains.

Evidemment, ceux-ci sont tous présentés sous un jour favorable, comme Tommy (Henry Nakamura) qui a pour animal de compagnie le cochon Paisan ou Sam (Lane Nakano) qui reçoit régulièrement des lettres de sa fiancée enseignante dans un des centres de relogement. On remarque tout de même que Chick (George Miki) a les réflexions les plus acides, en mettant le doigt sur une certaine xénophobie régnant en Amérique, où les Nippo-Américains se retrouvent cantonnés à des tâches subalternes. Les fusiliers Nisei (ou « Buddaheads ») voulaient se battre dans le Pacifique, mais sont envoyés en Italie et en France, Sam en explique d’ailleurs la raison à Tommy : « un million de types combat un ennemi qui nous ressemble, et si un sniper nous repère ? », Tommy réplique : « il voit l’uniforme », alors Sam de conclure : « et se dit qu’on doit être des espions. »