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Leptirica
LEPTIRICA
De Djordje Kadijevic
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Dans un petit village des Balkans, un vampire tue systématiquement les meuniers se succédant pour faire marcher l’unique moulin du patelin. Zivan (Slobodan Perovic), père irascible, refuse la main de sa fille Radojka (Mirjana Nikolic) à Strahinja (Peta Bozovic), qui n’a pour seul tort que d’être sans le sou. Par désespoir de cause, Strahinja accepte l’offre des villageois de s’improviser nouveau meunier. Il s’installe pour passer sa première nuit dans ce lieu maudit…



POINT DE VUE

Mirjana NikolicLe téléfilm yougoslave Leptirica adapte une nouvelle de Milovan Glisic (1847-1908), écrivain serbe ayant notamment traduit de grands auteurs russes comme Alexandre Pouchkine, Anton Tchekhov, Ivan Tourgueniev, et Nicolas Gogol. Ce n’est peut-être donc pas un hasard si la nouvelle de Glisic, Posle devedeset godina (traduite en anglais sous le titre After Ninety Years) fait penser à celle de Gogol, Viy (1835). Dans l’une, il est question d’un jeune homme devant passer la nuit dans un moulin fréquenté par un vampire, tandis que dans l’autre, un séminariste doit veiller trois nuits durant une morte s’avérant être une sorcière retorse.

Écrite en 1880, la nouvelle After Ninety Years devance de 17 ans le roman de Bram Stoker sur le vampire Dracula. L’intérêt majeur de l’écrit de Glisic est de donner des détails sur les croyances slaves de l’époque. Un cheval est utilisé pour découvrir la tombe où repose le vampire (décrit comme rouge et boursouflé, comme s’il était gorgé de sang), tandis que l’âme de la créature de la nuit émerge de sa bouche sous forme d’un papillon, qu’il faut absolument éliminer, sous peine de la voir revenir.

Petar BozovicViy de Gogol avait bénéficié d’une adaptation cinématographique colorée et spectaculaire en 1967, par Konstantin Ershov et Georgiy Kropachyov. Malheureusement, Leptirica est très loin d’être un trésor oublié que l’on découvre plus de quatre décennies après sa réalisation. Très lent de rythme, malgré une durée très courte de 62 minutes, le décevant téléfilm scénarisé et mis en scène par Djordje Kadijevic commet l’erreur de changer radicalement et inutilement la personnalité du héros. Dans le livre, Strahinja s’apparente à La Ramée, le courageux grenadier plein de ressources des contes d’Henri Pourrat. Déterminé, Strahinja se prépare à sa première nuit dans le moulin en s’armant de deux pistolets et en tendant un piège au vampire nommé Sava Savanovic. En revanche, le métrage le présente comme un homme assez effacé, ne devant son salut lors de sa confrontation avec Savanovic qu’en se retrouvant caché sous une pile de farine.

De plus, Strahinja était davantage le personnage central du récit, alors que Leptirica se focalise en partie sur l’action des villageois qui, si pleutres et buveurs soient-ils, décident tant bien que mal d’agir pour éradiquer de leur village la malédiction incarnée par le vampire y sévissant. Vampire aux fugaces apparitions peu convaincantes, puisqu’il ressemble à une version miteuse du loup-garou joué par Lon Chaney Jr. dans The Wolf Man (George Waggner, 1941). On est loin du frisson mortifère émanant du Nosferatu de F.W. Murnau (1922) ou de celui de Werner Herzog (1979).