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Ceremonia sangrienta
CÉRÉMONIE SANGLANTE
De Jorge Grau
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Hongrie, au début du XIXème siècle, la Marquise Erzebeth Bathory (Lucia Bosé) se morfond dans son château, tiraillée entre le sentiment d’abandon de son époux le Marquis Ziemmer (Espartaco Santoni) et sa peur de vieillir. Découvrant par hasard que quelques gouttes de sang sur sa peau l’ont rajeunie, elle va faire assassiner des jeunes vierges et se baigner dans leur sang.



POINT DE VUE

Lucia BoséJorge Grau s’est taillé une place de choix dans le cinéma de terreur espagnol avec Le massacre des morts-vivants (1973), excellent film de zombies, et Cérémonie sanglante, s’inspirant de l’histoire de la Comtesse hongroise Erzebeth Bathory (1560-1614). Celle-ci fut accusée en son temps d’avoir massacré avec ses complices un nombre incalculable de jeunes filles. La légende a ajouté qu’elle se baignait dans leur sang pour préserver son teint de pêche. Le film de Grau n’est pas une adaptation tendant vers la véracité historique, en effet le scénario transpose l’action en 1807 et Erzebeth, incarnée par l’italienne Lucia Bosé est une Marquise descendante directe de la sinistre Comtesse Bathory. Après avoir donné un bon coup de miroir sur le nez de sa servante Irina (Raquel Ortuño), Erzebeth se rend compte que le sang de la malheureuse, qu’elle reçoit sur le bras, bat tous les cosmétiques pour raviver la fraicheur de l’épiderme. S’ensuivent un essai peu concluant avec le sang d’une colombe puis celui d’une gamine qu’elle blesse volontairement, avant que la Marquise passe à la vitesse supérieure en jetant son dévolu sur les jeunes femmes virginales.

Le mariage des Bathory devient alors l’association entre une névrosée obsessionnelle et un serial killer, puisqu’Erzebeth est aidée dans son entreprise par son époux Karl, qui voit là une opportunité de laisser s’épanouir ses penchants sadiques et meurtriers. Il feint sa propre mort et se fait passer pour un vampire, afin de duper les villageois superstitieux concernant les inquiétantes disparitions féminines dont il est responsable. Complète le duo infernal Nodriza (Ana Farra), la vieille servante d’Erzebeth qui a une grande part de responsabilité dans la dérive de sa maitresse, puisque c’est elle qui rappelle à la Marquise sa parenté avec la Comtesse sanglante, tout en l’incitant à suivre la même voie.

Espartaco SantoniCérémonie sanglante ne se limite pas aux méfaits d’Erzebeth, qui auraient pu rendre l’ensemble linéaire et répétitif. Grau développe habilement en parallèle un singulier procès post-mortem, auquel assiste Karl, visant un soi-disant vampire. Clin d’œil à Dracula, l’un des magistrats se nomme d’ailleurs Helsing. La référence au vampirisme est aussi l’occasion de montrer une facette pittoresque du folklore d’Europe de l’Est. Pour trouver la tombe dudit vampire, les villageois ont recours à un jeune puceau montant nu sur un cheval, qui doit s’arrêter net devant la tombe en question. Une variante par rapport à Leptirica (Djordje Kadijevic, 1973), situé en Yougoslavie et non plus en Hongrie, dans lequel la traque du vampire se faisait avec un étalon trouvant tout seul la tombe incriminée, sans avoir besoin d’un cavalier. Autre détail à rajouter dans la culture vampirologique, un pain confectionné en mélangeant la farine avec du sang de vampire aurait pour vertu d’éloigner les suceurs de sang.

Conte cruel, Cérémonie sanglante est au final une histoire d’autodestruction, plutôt qu’une quête de la jeunesse perpétuelle. Spoiler ! Quand les autorités relient enfin les crimes aux Bathory, Erzebeth pourrait encore tirer son épingle du jeu en rejetant la culpabilité sur son défunt mari, mais n’en fait pourtant rien, en décidant de dire la vérité pour garder le contrôle de son destin. Le métrage prend alors une ambiance « torture de l’inquisition », proche de La marque du diable (Michael Armstrong et Adrien Hoven, 1970), avec le sort réservé à Nodriza à qui l’on coupe la langue, tandis que, noblesse oblige, Erzebeth n’est pas torturée dans sa chair, mais se voit condamnée à la réclusion dans son château.