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Una pistola per Ringo
UN PISTOLET POUR RINGO
De Duccio Tessari
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Décembre 1864. Sancho (Fernando Sancho), à la tête d’un groupe de bandits mexicains, est blessé à l’issue d’un hold-up. Lors de sa fuite, il se réfugie avec ses hommes dans le ranch du Major Clyde (Antonio Casas) dont il tient les occupants en otage. Après avoir fait boucler les lieux, le shérif Ben (George Martin), fiancé à Miss Ruby Clyde (Lorella De Luca), prisonnière avec son père, fait appel à l’intrépide Ringo (Giuliano Gemma), un aventurier sans scrupules, pour s’introduire dans le ranch et libérer les otages. Après une série de ruses, Ringo parvient à gagner la confiance de Sancho en soignant ses blessures...



POINT DE VUE

Giuliano Gemma Après le très réussi péplum mythologique Les titans (1962), Duccio Tessari travaille de nouveau avec l’acteur Giuliano Gemma sur Un pistolet pour Ringo. Le milieu des années 60 est la période faste pour les westerns européens et Tessari réalisera plusieurs réussites dans le domaine, tandis qu’avec Ringo, Gemma s’imposera comme une star incontestée du genre. Sur un scénario écrit par Tessari, Un pistolet pour Ringo, mêlant comédie et action, séduit par son ton alerte, rapide, loin de l’emphase et la lenteur qui séviront souvent dans ce genre de productions. À l’instar de l’homme sans nom campé par Clint Eastwood dans Pour une poignée de dollars (Sergio Leone, 1964), Ringo joue sur deux tableaux. Il s’infiltre chez des bandits en leur faisant croire qu’il est de leur bord. Sorte d’Arlequin à la personnalité enjouée, il s’amuse à duper Sancho, le chef des malfrats, tout en étant constamment sur la corde raide, la raillerie de trop risquant de le mener de vie à trépas. Car il ne faut pas se fier à la bonhomie de Sancho qui, sous un abord jovial, cache une âme criminelle particulièrement impitoyable. Pour s’assurer que les autorités qui encerclent l’hacienda les laisseront passer lui et ses hommes, pour rejoindre la frontière mexicaine, Sancho décrète que deux otages seront exécutés, un matin et un le soir, en s’amusant même à parier avec ses comparses sur qui sera abattu !

Plus vrai que nature en bandit mexicain, Fernando Sancho jouera ce type de rôle un nombre incalculable de fois, avant que le filon ne s’amenuise dans les années 70. Pour le cinéma d’horreur d’Amando de Ossorio, il incarnera alors un maire particulièrement odieux, prêt à toutes les bassesses pour survivre, dans Le retour des morts-vivants (1973), tandis que dans le « sous-exorciste » La endemoniada (1975), il sera un commissaire de police se retrouvant aux prises avec une infernale gamine possédée, prenant un malin plaisir à imiter la voix du bonhomme devant lui, pour lui dire qu’il est un abruti ! On remarque aussi dans Un pistolet pour Ringo la présence de Nieves Navarro, composant un personnage à la moralité ambiguë. L’élégante et froide Dolores fait ainsi partie de la bande de voleurs preneurs d’otages, tout en se laissant charmer par les manières du propriétaire des lieux prisonnier. Tout comme Fernando Sancho, passée la mode des westerns, Navarro s’essayera à d’autres genres dans les années 70, en particulier le giallo, dirigée par son époux Luciano Ercoli (par ailleurs producteur de Ringo) : Photo interdite d’une bourgeoise (1970), Nuits d’amour et d’épouvante (1971) et La mort caresse à minuit (1972). Autre présence féminine au caractère bien trempé, la Miss Ruby qu’interprète avec aplomb Lorella De Luca, propre épouse du réalisateur, qui doit supporter non seulement la captivité, le flirt entre son père et Dolores, mais aussi les avances déplaisantes de l’un des hommes de Sancho. Ses armes pour se défendre : une langue bien déliée.

Lorella De Luca À ce sujet, les dialogues d’Un pistolet pour Ringo sont assez bien troussés, participant beaucoup au plaisir ressenti. Citons en exemple la scène où Ringo s’improvise chirurgien, pour retirer une balle du bras de Sancho et ainsi gagner sa confiance. La plaie devant être désinfectée, il a donc besoin d’alcool :
Miss Ruby : Puis-je vous servir à quelque chose ?
Ringo : Oui, apportez du whisky et surtout, que ce soit une bonne marque.
Miss Ruby : Pourquoi pas de la tequilla ? On s’en sert pour le pâté de cochon, je pense que c’est tout indiqué !
Et que dire du mémorable proverbe texan cité par Ringo : « Dieu créa les hommes, mais c’est le colt qui les rend différents. »

Le succès du film entrainera une multiplication de westerns baptisés de façon très opportuniste Ringo, tout comme Django (Sergio Corbucci, 1966) et Sartana – apparaissant pour la première fois dans Les colts de la violence (Alberto Cardone, 1966) – verront fleurir de nombreux métrages s’octroyant leur nom attractif. La même année, Duccio Tessari tournera avec Giuliano Gemma Le retour de Ringo qui n’est pourtant pas une suite directe. Certes la distribution est pratiquement la même, mais les personnages et l’ambiance seront totalement différents.