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Il ritorno di Ringo
LE RETOUR DE RINGO
De Duccio Tessari
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : De retour de la guerre de Sécession, Ringo (Giuliano Gemma) retrouve sa ville sous la coupe réglée de bandits mexicains. Au milieu des habitants terrorisés et du shérif (Antonio Casas) noyant son impuissance dans l’alcool, il voit sa femme (Lorella De Luca) aux côtés du chef des bandits, sur le point de l’épouser. Ringo va entreprendre la reconquête de la ville par les armes.



POINT DE VUE

Giuliano Gemma En 1965, Duccio Tessari tourne deux westerns, coproduits par l’Italie et l’Espagne, Un pistolet pour Ringo et Le retour de Ringo, avec quasiment la même distribution (à l’exception de José Manuel Martín qui ne rempile pas). Pourtant, il ne faut pas s’y tromper, le second n’est aucunement une suite du premier. A l’origine, il devait d’ailleurs s’appeler L’odissea dei lunghi fucili (L’odyssée des longs fusils), mais le succès d’Un pistolet pour Ringo a incité les producteurs à renommer de façon opportuniste le métrage, afin de spéculer sur l’attractivité de la référence à Ringo. Cette fois-ci le ton est grave, voire un peu trop pesant, alors que le premier Ringo était se caractérisait par une légèreté prenant le pas sur la violence.

Contrairement au premier Ringo, Tessari s’adjoint un co-scénariste, Fernando Di Leo, qui, en tant que réalisateur mettra en scène des poliziotteschi racés durant la décennie suivante : Milan calibre 9 (1972), L’empire du crime (1972), Le boss (1973), Salut les pourris (1974), et Mister Scarface (1976). Tous deux vont chercher l’inspiration du côté d’Homère et de L’Odyssée, pour transposer le mythe du retour d’Ulysse au temps du western. Comme le roi Ulysse qui, après la Guerre de Troie, rentre incognito à Ithaque, pour réaliser que son royaume, désormais corrompu et sa femme, considérée veuve, sont convoités par des prétendants, Ringo rentre de la Guerre de Sécession pour constater que sa ville est dominée par des bandits mexicains. Les hommes jeunes étant pour la plupart morts à la guerre, personne n’a pu empêcher l’irrésistible ascension des frères Fuentes, qui ont installé leurs quartiers dans la luxueuse demeure de Ringo, et dont l’un a des visées sur sa femme Hally, retenue en otage avec sa fille.

Lorella De Luca Le retour de Ringo, suit donc le parcours du combattant de Ringo pour reconquérir son rang et retrouver les siens. Il se déguise en péon pour étudier le terrain et ses adversaires. Le problème et il est de taille, c’est que les Fuentes sont à la tête d’une armée et que Ringo est seul, ne pouvant compter sur un vieux shérif dépassé par les évènements. Il devra endurer humiliations et mauvais traitements avant de pouvoir tomber le masque. L’occasion d’une scène de bagarre de saloon très réussie, filmée caméra sur l’épaule, durant laquelle Ringo, copieusement tabassé, en profite pour donner coup de poing ou de boule chaque fois qu’il rebondit d’un adversaire à un autre. De prime abord, Hally semble assez passive et résignée à épouser Fernando Paco Fuentes (George Martin). Elle n’a pas, comme Pénélope, de tapisserie qu’elle ne termine jamais pour faire lanterner ses prétendants. Cependant, une fois qu’elle aura réalisé que son mari se cache sous les défroques d’un paysan, ce sera elle qui le poussera à voir plus grand que son propre intérêt. En effet, défaitiste, Ringo proposait à Hally de fuir la ville avec leur fille, tandis qu’Hally l’incitera à délivrer la ville des bandits, bien que la tâche soit très ardue. Comme bien des héros de westerns, de L’homme de la plaine (Anthony Mann, 1955) en passant par La vengeance aux deux visages (Marlon Brando, 1961), Ringo sera blessé à la main, le vulnérabilisant un temps, avant qu’il puisse passer à l’action. La conquête de Ringo s’accompagnera de la rédemption, non seulement des habitants de la ville acceptant finalement de se rallier à lui pour mettre fin aux exactions des Fuentes, mais aussi de celle du shérif alcoolique, évoquant les figures déchues de l’autorité, dépeintes par Howard Hawks dans Rio Bravo (1959) et El Dorado (1966). Pour la confrontation finale, outre les villageois et le shérif, Ringo trouvera également des alliés auprès d’un ancien compagnon de guerre (Víctor Bayo), d’un Apache (Tunet Vila) et d’un jardinier (Manuel Muñiz). Ce dernier n’est pas sans rappeler les old timers excentriques respectivement personnifiés par Walter Brennan et Arthur Hunnicutt dans les deux métrages de Hawks précités.

Alors que la partition musicale d’Ennio Morricone sur Un pistolet pour Ringo était assez tonique, en accord avec le ton légèrement décalé du film, le compositeur opte dans Le retour de Ringo pour un thème mélancolique et lancinant pour accompagner le chemin de croix de Ringo. Le temps d’une séquence, l’ambiance dramatique cède la place à une atmosphère évoquant le gothique ou le surnaturel – autres spécialités italiennes durant les années 60 – lorsque Ringo, ayant abandonné ses guenilles pour rendosser son uniforme d’officier nordiste, interrompt le mariage forcé de Hally et Fuentes en se présentant aux portes de l’église. Apparaissant dans la brume tel un revenant d’outre-tombe, il fait ainsi peur à son ennemi pour bénéficier de l’effet de surprise.