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Le seuil du vide
LE SEUIL DU VIDE
De Jean-François Davy
Par Pascal LAFFITTE

SYNOPSIS : Wanda Leibovitz (Dominique Erlanger) se rend à Paris pour y étudier la peinture. Léonie Gallois (Odette Duc), vieille dame d’apparence inoffensive, propose de lui louer une chambre pour un prix modique. Ladite chambre, non seulement étrange et sinistre, s’avère en plus triangulaire, et pourvue d’une porte que Léonie interdit à Wanda d’ouvrir. Bien entendu, la jeune locataire finit par ouvrir ladite porte : elle découvre alors une pièce totalement obscure, dont le seuil semble arrêter la lumière. Wanda réalise que peindre dans la pénombre de la pièce, lui permet de composer des tableaux plus inspirés.



POINT DE VUE

Dominique Erlanger Ce serait réducteur de limiter Jean-François Davy à ses documentaires sur la sexualité (Exhibition, Prostitution, Les pornocrates) ou ses comédies paillardes (Bananes mécaniques, Q, Prenez la queue comme tout le monde). L’homme s’est aussi aventuré sur d’autres terrains, comme le drame, le policier ou le surnaturel. Avec Le seuil du vide, Davy adapte un roman fantastique écrit en 1956 par André Ruellan, sous le nom de plume de Kurt Steiner. À l’origine, le réalisateur avait prévu le rôle principal pour Juliette Villard, mais le médecin de l’actrice le prévient qu’il devra faire vite, la jeune femme étant condamnée à brève échéance par un cancer. Ne pouvant produire son projet, le cinéaste se rabat sur la réalisation d’un film érotique, La débauche (1971), qui, remportant un certain succès, lui permet d’entreprendre un nouveau métrage. Avec Ruellan comme coscénariste, il envisage un temps de tourner Le 32 décembre, qui, avec ses paradoxes temporels et autres péripéties, aurait préfiguré Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985), Total Recall (Paul Verhoeven, 1990) et Les visiteurs (Jean-Marie Poiré, 1993). Trop ambitieuse, l’histoire aurait exigé un budget trop important, Davy décide alors de reprendre Le seuil du vide. Malheureusement, Juliette Villard n’a plus l’envie ou la force de se lancer dans l’aventure. Le rôle principal de Wanda sera finalement tenu par Dominique Erlanger, à l’époque épouse de Davy, avec la difficulté de se couler dans un personnage écrit avec une autre comédienne à l’esprit. Triste ironie du sort, Juliette Villard décèdera le premier jour du tournage…

Le seuil du vide développe l’idée d’une femme vulnérable, prise dans un piège se déroulant implacablement, le rapprochant en cela de Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968), mais aussi du méconnu Robin Redbreast (James MacTaggart, 1970). Inédit en France, ce dernier est un téléfilm dans lequel une femme de la ville, fragilisée par une rupture, se retrouvait au cœur d’une machination païenne, en voulant se ressourcer dans une campagne franchement inquiétante. Comme dans le film de Davy, on retrouvait cette sensation de malaise, au spectacle d’une héroïne peu combative, très rapidement et inéluctablement dépassée par la menace. Mais surtout, Le seuil du vide exploite le même thème que La porte des secrets (Iain Softley, 2005), en le devançant de plus de vingt ans, avec des personnages maléfiques voulant s’emparer de l’enveloppe corporelle de victimes plus jeunes qu’eux.

Pierre Vaneck Jean-François Davy tient toutefois à faire planer le doute sur le calvaire de sa protagoniste, en proposant une double interprétation, fantastique et psychologique, à son film. Un groupe occulte, mené par le ténébreux Dr. Liancourt (Pierre Vaneck), cherche-t-il vraiment à s’emparer de sa jeunesse, ou est-elle victime d’un délire paranoïaque ? À ce sujet, une scène marquante interroge sur la santé mentale de Wanda, lorsqu’invitée à un sinistre bal masqué par un galeriste (Jean Servais), elle se met à partir dans un fou rire dément, devant tous les convives interdits. Les jurés du Festival de Trieste de 1972 ne se tromperont pas en décernant à Dominique Erlanger le prix d’interprétation féminine, tant sa composition borderline est singulière.