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2e FESTIVAL DES CINEMA DIFFERENTS DE PARIS
Compte-rendu
Par Matt DRAY


« La rétine n’est pas réductible à une pellicule photosensible, c’est d’abord une zone érogène, activée par le manque. » Michel Thevoz, Le miroir infidèle - Editions de Minuit


Un soir à la Cinémathèque, récemment, certains racontent que la salle se mit à applaudir à tout rompre, lorsque l’image sauta, cédant soudainement au bout de vingt secondes de projection. Applaudissements absurdes : le film venait de commencer, la pellicule flambait déjà. Le 2ème Festival des cinémas différents, « consacré au cinéma différent, expérimental, d’intervention, d’avant-garde, d’art », entretient cet odeur de brûlé, retour mode d’un cinéma branché du pauvre, pour le meilleur (une soirée proposée par la revue Exploding, une Nuit blanche le samedi soir, notamment) et pour le pire (moi qui ne me remets pas de telles pulsions scopiques et autres odeurs de souffre-douleur). Première séance. Une fille dans le hall, une seulement : premier signe d’effroi (au milieu d’une foule de cinéphiles frustrés, une dizaine). Avant l’escalier, lui parler, quitte à dire n’importe quoi.

Assise à côté de moi. Faire semblant. Se la jouer cinéphile adepte de films expérimentaux (ce qu’elle ait), mais le dire entre guillemets, avec le signe des mains, sinon c’est mal vu. Changeons de place, si tu veux ? Ces rats géants de cinémathèque prennent trop de place, d’habitude ils s’assoient au premier rang, ne cherchant pas à déranger. Ils ont leur place habituel, leur boule de pétanque, c’est leur place, leur piste la salle de cinéma, qu’il visite de temps à autre, lorsque guette l’ennui et la peur de la solitude. Leurs grands sacs plastiques leur confèrent le statut de nomade des salles, cycles où ils s’introduisent anonymement, avec le laisser-passer habituel.

Arrive Pip Chodorov, jeune fondateur déjà mythique d’Exploding, venu présenter ses « Inédits de New-York ». Quel titre ! Où l’on découvre que Jonas Mekas n’a pas réalisé que des journaux filmés ou un poème dédié à une crotte de lapin dans la neige. Où un « film d’actualité » de cinq minutes de Jeff Scher, s’avère être une surimpression géante de son bébé sur les grattes-ciel de New-York ! Tant de narcissisme - est-ce si « différent » ou si « avant-gardiste » que ça ?- tend à l’esbroufe pure et simple. La secte ou croisière, s’amuse et nous donc ! Je n’ai pas eu aussi mal au cœur, plus pour des raisons psychologiques que techniques, depuis Outer Space, de Peter Tscherkassky (excellent souvenir pourtant). Il fallait voir le flicker continu d’une télévision (modern art ?) et ses flocons de neige expérimentaux, avant de pénétrer dans l’antre incestueux. Ne pas rechigner sur la nature clandestine d’un mouvement in, qui n’en demandait pas tant (article dithyrambique de Didier Péron dans Libération du 13 décembre) pour afficher ensuite au mur « Le 2ème Festival des cinémas différents, le festival encensé par Libération ». S’auto-encenser : applaudir autant pour ce qui s’appelle une « forme brève », que pour simuler le plaisir d’une projection entre amis connaisseurs. Je n’ai pas applaudi – je ne savais pas : ma voisine m’a dévisagé.

Mon cœur se broie. Tout seul. Lui prendre le main ? Je force ma main droite à s’élancer vers le collant noir, probable accueil compréhensif d’une tristesse cinéphile, perte de moyens et de la mesure ; mais l’ambiance glauque voire pornographique (le grain de l’image en béta-cam l’est plus que tout) m’y entraîne. L’étrange parfum de ma voisine est aussi entêtant qu’une parole de chanson de Polnareff. Effluve sexuelle, humée bon gré mal gré, qui devient leitmotiv le lendemain. Même place, même voisine. Même parfum. Et toujours ces râles intérieurs. Découvrir, halluciné, une atmosphère volcanique en moi, devant moi à l’image. Perdu dans la foule virtuelle d’une salle où résonnent encore des applaudissements de pantins, les mêmes qui vous demandent de vous taire quand on les gêne et qui s’endorment par la suite. Ces formes brèves n’expliquent en rien ce profond dégoût, exception pour celle où un homme filme cinq minutes ses genoux poilus devant une glace... C’est moi sans doute qui me fait mon film. Mais après tout, ce festival est « différent » des autres (tant mieux !), la place m’est « assignée » : masochiste et « pour que le corps exulte », j’y suis souvent retourné, le sourire aux lèvres… Oscillation entre fascination et répulsion que Serge Daney résumait brillamment : « Si le visuel est une boucle, l’image est à la fois un manque et un reste ». (Devant la recrudescence des vols de sacs à main, Aléas)



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