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GOUTTE D'OR DISTRIBUTION
ET FRANCOIS SICHIER
Entretien réalisé à Paris le 17 Avril
Par Nadia MEFLAH
Remerciements chaleureux
à Emmanuel de Goutte D'Or


Civilisées de Randa Chahal Sabbag sort en France avec une particularité auditive : le film est " bipé ". Depuis le 26 Avril à Paris et en province, les spectateurs français font preuve d'imagination pour combler les quatre passages désormais muets du film censuré. Il faut remonter le temps : au mois de novembre dernier, la censure libanaise a interdit la diffusion du film dans son intégralité au Liban. La sortie en France, prévue pour Décembre, fut même repoussée par précaution. La cinéaste, tout comme son équipe technique, est menacée de mort par les extrémistes religieux sunnites. Une solidarité française se crée avec le Syndicat de la critique Française, le Syndicat des Cinéastes et Reporters sans Frontières, une avant première a eu lieu à Paris au cinéma St Germain des Près avec toute l'équipe du film. La cinéaste qui vit à Paris est retournée au Liban pour filmer une autre version (réponse de cinéma au pouvoir extrémiste). Goutte d'Or Distribution et François Sichier (Euripide Productions) partenaires du film nous expliquent cette étrange histoire.
A LA VIE A LA MORT

  Objectif Cinéma (c) D.R.
Objectif Cinéma : Pourquoi le film est-il amputé quatre fois ?

Goutte d'Or Distribution et François Sichier : Il faut savoir que ce n'est pas une censure française mais une censure qui s'exerce dans le pays d'origine de la réalisatrice, le Liban. Elle a reçu des menaces de mort et la question était de savoir s'il fallait modifier les dialogues du film afin d'éviter la censure ou bien de " biper " les parties discutées par les intégristes musulmans et la sûreté libanaise, organe du pouvoir en place. Nous avons choisi de biper nous même. Il faut savoir que ces gens avaient exigés quarante sept minutes de coupe. La sûreté libanaise refuse la diffusion du film sous sa forme actuelle, elle voudrait une forme édulcorée et aseptisée des parties incriminées. Il faudrait reformer l'équipe, convoquer les acteurs et leur demander de rejouer mais différemment cette fois ci. Il y a dix huit communautés au Liban et tout ce qui pourrait un tant soit peu exacerber les tensions identitaires fait l'objet d'une censure de la part de cette police. Elle trouve sa légitimité de censure dans cet argument de contrôle de la paix.


Objectif Cinéma (c) D.R.

Objectif Cinéma : Si la cinéaste avait réalisé une comédie contre l'intolérance, sujet de son film, et non un film réaliste en prise avec le réel, la censure aurait peut-être eu du mal à s'exercer ?

Goutte d'Or Distribution et François Sichier : Elle revendique son film comme étant une comédie, même si la guerre est en toile de fond. Nous occidentaux avons une image déformée de la guerre au Liban. Ce qu'elle montre est totalement différent de tout ce que les médias ont pu diffuser. Elle désigne les cloisonnements entre les gens d'un même immeuble, vivant chacun sa guerre. Le film s'appelait à l'origine Les Autres où " ces étrangers " pakistanais, égyptiens, skrilankais, philippins occupant des appartements de riches libanais exilés sont tous dans une situation irrationnelle. Des pantins au milieu d'une guerre qui ne les concernent que lointainement et pourtant au cœur de leurs vies. Dans toute guerre arrive ce moment fatal où on a vite le sentiment que les antagonismes n'ont plus lieux d'être, le combat perdure sans raisons. C'est une logique absurde que la cinéaste traduit pertinemment. Elle montre un aspect de la guerre qui nous échappe totalement. Alors les dialogues bipés font tâches pour les extrémistes qui ne supportent pas l'ambiguïté.




Le Monde Diplomatique
:
Le Liban et la censure