Annuaire boutique
Librairie Lis-Voir
PriceMinister
Amazon
Fnac

     


 

 

 

 

 
Lionel Soukaz (c) D.R. LIONEL SOUKAZ
Réalisateur
Entretien réalisé
en janvier 1999 à Paris
Par Nathalie CURIEN et Colas RICARD
de cineastes.net



Cinéastes.net :
Comment tu définirais le Cinéma expérimental pour des gens qui ne le connaissent pas ?

Lionel Soukas :
Dans expérimental il y a expérience, expérience personnelle. Je vais parler de ce que j'ai fait. Mon premier film s'appelait Lolo mégalo blessé en son honneur. Je crois que mon premier spectateur ça a été Marcel Mazé pour le Festival d'Hyères ou de Toulon à l'époque. J'ai pris une petite caméra super 8… J'étais dans une période difficile, ma mère avait un cancer qui n'en finissait pas, comme dans un film de Pialat, mais j'avais pas non plus vu Pialat. Et avec cette petite caméra super 8 j'ai filmé ce que je ressentais, je me suis travesti avec les affaires de ma mère, j'ai transformé l'appartement pendant qu'elle était à l'hôpital, j'ai tout réinvesti, j'ai été jusqu'à me branler sur le lit de ma mère devant la Sainte. Enfin j'étais dans un état comme ça d'hystérie, de souffrance qui me permettait de surmonter tout ça, et puis de pouvoir en parler… de pouvoir parler de la mort de sa mère ou d'un ami, c'est une expérience de la vie, de la mort. Le cinéma aide à passer ou aide à transpercer, ou aide à transcender des expériences personnelles.

  Ixe (c) D.R.

Cinéastes.net : Il y a toujours un aspect autobiographique très fort dans ce que tu fais ?

Lionel Soukas :
Jean-Louis Bory m'a donné le prix de la critique au festival de Toulon pour Lolo mégalo en 74 et la première chose qu'il m'a dit, comme pour me guérir : « Je te conseille de ne pas parler de toi et de trouver des moyens pour parler de toi à travers… d'autres histoires, des fictions…»

Malheureusement je n’ai pas suivi son conseil ; je pense que c'est ma grande erreur, mais… je suis comme ça. On peut en effet suivre ma vie à travers mes films. Le premier s'appelait Paris Chausey, c'était une histoire d'amour pour une île. J'avais tellement envie de pouvoir trouver un endroit où pouvoir respirer, et puis j'étais complètement influencé par Godard et il fallait que j'en sorte. Et puis pour me sortir d'une influence, c'est important d'aller au bout de son admiration : c'est à la fois merveilleux d'admirer un écrivain ou un Cinéastes.net, on voit tous ces films, on dort avec son livre, mais au bout du compte, on est étouffé. Mon premier film, c'était pour me sortir de cette Nouvelle Vague dans laquelle j'avais baigné tout gosse en passant toutes mes nuits et mes journées à la Cinémathèque. Ensuite, dans mes films suivants (Lolo mégalo puis Boy friend I, Boy friend II, Le Sexe des anges), je raconte mon coming out en tant qu'homosexuel, à une époque où c'était pas évident (le début des années 70), jusqu'à organiser le Festival à la Pagode (1) en 78 qui est fortement réprimé avant d’être interdit…