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Cinéastes.net : Comment
tu définirais le Cinéma expérimental pour des gens qui ne
le connaissent pas ?
Lionel Soukas : Dans expérimental
il y a expérience, expérience personnelle. Je vais parler
de ce que j'ai fait. Mon premier film s'appelait Lolo mégalo
blessé en son honneur. Je crois que mon premier spectateur
ça a été Marcel Mazé pour le Festival d'Hyères ou de Toulon
à l'époque. J'ai pris une petite caméra super 8… J'étais dans
une période difficile, ma mère avait un cancer qui n'en finissait
pas, comme dans un film de Pialat, mais j'avais pas non plus
vu Pialat. Et avec cette petite caméra super 8 j'ai filmé
ce que je ressentais, je me suis travesti avec les affaires
de ma mère, j'ai transformé l'appartement pendant qu'elle
était à l'hôpital, j'ai tout réinvesti, j'ai été jusqu'à me
branler sur le lit de ma mère devant la Sainte. Enfin j'étais
dans un état comme ça d'hystérie, de souffrance qui me permettait
de surmonter tout ça, et puis de pouvoir en parler… de pouvoir
parler de la mort de sa mère ou d'un ami, c'est une expérience
de la vie, de la mort. Le cinéma aide à passer ou aide à transpercer,
ou aide à transcender des expériences personnelles.
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Cinéastes.net :
Il y a toujours un aspect autobiographique
très fort dans ce que tu fais ?
Lionel Soukas : Jean-Louis
Bory m'a donné le prix de la critique au festival de Toulon
pour Lolo mégalo en 74 et la première chose qu'il m'a
dit, comme pour me guérir : « Je te conseille de ne
pas parler de toi et de trouver des moyens pour parler de
toi à travers… d'autres histoires, des fictions…»
Malheureusement je n’ai pas suivi son conseil ; je pense que
c'est ma grande erreur, mais… je suis comme ça. On peut en
effet suivre ma vie à travers mes films. Le premier s'appelait
Paris Chausey, c'était une histoire d'amour pour une
île. J'avais tellement envie de pouvoir trouver un endroit
où pouvoir respirer, et puis j'étais complètement influencé
par Godard et il fallait que j'en sorte. Et puis pour me sortir
d'une influence, c'est important d'aller au bout de son admiration
: c'est à la fois merveilleux d'admirer un écrivain ou un
Cinéastes.net, on voit tous ces films, on dort avec son livre,
mais au bout du compte, on est étouffé. Mon premier film,
c'était pour me sortir de cette Nouvelle Vague dans laquelle
j'avais baigné tout gosse en passant toutes mes nuits et mes
journées à la Cinémathèque. Ensuite, dans mes films suivants
(Lolo mégalo puis Boy friend I, Boy
friend II, Le Sexe des anges), je raconte mon coming
out en tant qu'homosexuel, à une époque où c'était pas évident
(le début des années 70), jusqu'à organiser le Festival à
la Pagode (1) en 78 qui est fortement réprimé
avant d’être interdit…
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