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Ensuite
je rencontre Guy Hocquenghem dont je connaissais les livres
et avec lequel je fais Race d'Ep qui est on peut dire
en France le premier film homosexuel, fait par les homosexuels,
qui ne voit pas l'homosexualité comme un détail de l'histoire
mais qui raconte l'histoire des homosexuels depuis l'invention
du mot, 1860. Ensuite Ixe : mon expérience malheureuse
ou bienheureuse. En faisant un film j'ai pu sortir de la drogue
où j'étais tombé parce que Race d'Ep avait été un gros
scandale, un gros événement à cause de la censure etc. Donc
Ixe était un moyen de lutter contre la censure et la loi
« X ». Chaque fois que je le vois, je ne vais pas
bien, mais c'est une sorte de thérapie. Je suis séropositif,
Hépatite B etc… j'ai vu tous mes amis mourir les uns après
les autres, et beaucoup sont venus me voir en pensant qu'il
resterait quelque chose d'eux si je filmais des traces d’eux,
et ils m'ont alors donné des textes, des dessins, ou simplement
leur témoignage. On a peut-être envie d'exister encore un
petit peu après sa mort. D'un autre côté la vie est éphémère,
je suis destiné à disparaître et je pense que le numérique
ne me protègera pas de la mort non plus.
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Cinéastes.net :
Est-ce que c’est l'aspect militant
du milieu homosexuel, surtout il y a 20, 30 ans qui t'a dirigé
vers le cinéma expérimental ?
Lionel Soukas : Ce grand silence
quant tu es jeune... Tu te sens homosexuel et tu joues à l'hétéro
- je l'ai fait comme tout le monde, tu ne peux pas le dire,
ni à ta famille ni a tes amis… C’est par les livres que j'ai
pu tout à coup voir que j'étais pas tout seul. Il y a donc
eu Jean-Louis Bory, Guy Hocquenghem, et puis un jour, en voyant
Bory aux Dossiers de l'Ecran, à la télévision, en 71,
j'ai eu comme un choc et je me suis dit : puisque lui peut
le dire, moi aussi je peux le dire.
Beaucoup de gens vivent encore cet état de double vie qui
doit être assez difficile à vivre, bien qu’on est tous dans
des doubles vies en fait, on se raconte des histoires, on
se ment, on s'invente des fictions, des romans de sa propre
vie. Il y a donc eu ces années de militantisme avec le FHAR
(Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) dont Guy Hocquenghem
a été l'un des animateurs. Et il a fallu faire changer les
lois. En 1981, l'homosexualité n'est plus considérée comme
un fléau social...
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1 ) Janvier 78 à Paris (rue de Babylone)
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1985 Tino de Lionel Soukaz,
Guy Hockenghem
1983 Ixe
de Lionel Soukaz avec François D, Philippe V
1982 Maman
queman de Lionel Soukaz avec Copi, Didier
Hercend
1980 Royal Opera
de Lionel Soukaz
1980 X de Lionel Soukaz
1980 La Marche
gaie de Lionel Soukaz
1979 Marche gay de Lionel
Soukaz
1979 Race d'ep de Lionel
Soukaz, Guy Hockenghem avec Copi, R.Scherer
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