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Reflections in a Golden Eye (c) D.R. REFLECTIONS
IN A GOLDEN EYE

de John Huston
Par Sébastien MIGUEL


SYNOPSIS : Dans un fort militaire de Géorgie le major Penderton ne s'intéresse plus depuis longtemps à sa femme. Très ébranlée par la perte d’une enfant mal formée elle a prit pour amant le lieutenant-colonel Langdon. Un jeune soldat, William, va venir perturber un peu plus cet univers trouble. Le major va se sentir irrésistiblement attiré par William, tandis que celui-ci tentera de séduire Leonora.

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J’avais onze douze ans et je suis resté un certain temps alité. J’étais dans un sanatorium et je voyais les autres nager dans un canal d’irrigation. Alors, une nuit, je suis sorti de mon lit, je suis passé par la fenêtre et j’ai plongé dans le canal. Je me suis bien amusé, personne ne m’a vu. J’ai même franchi les cascades formées par les vannes… "
Positif n° 283, Deux rencontres avec John Huston de Michel Ciment

  The Misfits (c) D.R.

On ne saura jamais si les forces qui poussèrent le petit John Huston à sauter dans le canal en pleine nuit était de l’audace ou de l’inconscience… mais le fait est… il a sauté. Dans les années soixante, il ne cherche plus à satisfaire gentiment les patrons de la Warner avec des films à l’académisme exécrable, il a depuis longtemps sauté. Débuté par le mythique Misfits, les années soixante seront pour Huston les années de l’envol, de la liberté. De ton (A Walk with Love and Death), de forme (Freud) et de profonde audace Reflections in a Golden Eye.

Reflections in a Golden Eye fait partie de la (très) longue liste de films maudits de Huston. Comme Red badge of courage, Beat the devil, The Misfits, Freud, A Walk…,The Kremlin letter, Fat City et bien sûr Wise blood. Il est passionnant de constater que cette suite de films formidables est comme très souvent émaillé de produits de commande où la légèreté affichée (quand ce n’est pas la médiocrité) n’est que le symptôme d’un intérêt très relatif de la part du cinéaste. Les mineurs, Adrian Messager ou Sintful Davey répondent aux catastrophiques The Bible, Casino Royal ou au nullissime Phobia. Ainsi replacé dans une filmographie immense, Reflections… occupe d’emblée la place des films ressentis du cinéaste.

Reflections sera évidemment un échec (tant public que critique). Échec car ne répondant à aucune règle commune des films susceptibles de rencontrer un grand public… Stars dans des contre-emplois masochistes, ligne narrative complexe et saugrenue, ruptures de ton violentes, et histoire proche du psychodrame et de l’analyse psychanalytique.

Reflections in a Golden Eye (c) D.R.

Pourtant, tout dans Reflections respire l’absence totale d’analyse, d’explications… En cela, il s’agirait d’une œuvre en presque complète opposition avec le Freud que Huston réalisa 4 ans avant. Gémellité fascinante car ce dernier film était d’un noir et blanc abstrait et évoquait les méandres de la psychanalyse avec une multitude de scènes explicatives ayant pour guide un Montgomery Clift d’une fragilité et d’une faiblesse physique totale. A contrario, Reflections refuse les explications et les facilités. On l’observera, dans une image au jaune étincelant, avec les dérives d’un Marlon Brando dont l’interprétation impressionnante parachève l’opposition totale. Notons qu’avant Brando, le film devait se tourner avec… Montgomery Clift qui mourut peu de temps avant le tournage. Si Clift avait été l’acteur principal des deux films, le parallélisme n’en aurait été que plus troublant.

Reflections n’est donc pas un drame psychologique de plus comme Hollywood en a raffolé. On pense ici aux innombrables adaptations de Tennessee Williams par exemple… Non, le film de Huston est un véritable film de surface, une œuvre épidermique. Les personnages sont des imbéciles, des désespérés, des " désaxés " qui se croisent, se trompent, s’ignorent, se méprisent et qui seront incapables de communiquer pendant toute la durée du film… Ils se verront continuellement refuser la possibilité de s’expliquer, de se dévoiler… séparés par les circonstances, les imprévus et par la mort. A moins qu’il ne s’agisse de l’humour macabre et sardonique du cinéaste...