SYNOPSIS :
Dans un fort militaire de Géorgie le major Penderton
ne s'intéresse plus depuis longtemps à sa femme.
Très ébranlée par la perte d’une enfant
mal formée elle a prit pour amant le lieutenant-colonel
Langdon. Un jeune soldat, William, va venir perturber un peu
plus cet univers trouble. Le major va se sentir irrésistiblement
attiré par William, tandis que celui-ci tentera de séduire
Leonora. |
|
....................................................................
|
|
" J’avais
onze douze ans et je suis resté un certain temps alité.
J’étais dans un sanatorium et je voyais les autres
nager dans un canal d’irrigation. Alors, une nuit, je suis
sorti de mon lit, je suis passé par la fenêtre
et j’ai plongé dans le canal. Je me suis bien amusé,
personne ne m’a vu. J’ai même franchi les cascades formées
par les vannes… "
Positif n° 283, Deux rencontres avec John Huston
de Michel Ciment
| |
 |
|
|
On ne saura jamais
si les forces qui poussèrent le petit John Huston à
sauter dans le canal en pleine nuit était de l’audace
ou de l’inconscience… mais le fait est… il a sauté.
Dans les années soixante, il ne cherche plus à
satisfaire gentiment les patrons de la Warner avec des films
à l’académisme exécrable, il a depuis
longtemps sauté. Débuté par le mythique
Misfits, les années soixante seront pour Huston
les années de l’envol, de la liberté. De ton
(A Walk with Love and Death), de forme (Freud)
et de profonde audace Reflections in a Golden Eye.
Reflections in a Golden Eye fait partie de la (très)
longue liste de films maudits de Huston. Comme Red badge
of courage, Beat the devil, The Misfits,
Freud, A Walk…,The Kremlin letter, Fat City
et bien sûr Wise blood. Il est passionnant
de constater que cette suite de films formidables est comme
très souvent émaillé de produits de commande
où la légèreté affichée
(quand ce n’est pas la médiocrité) n’est que
le symptôme d’un intérêt très relatif
de la part du cinéaste. Les mineurs, Adrian Messager
ou Sintful Davey répondent aux catastrophiques
The Bible, Casino Royal ou au nullissime Phobia.
Ainsi replacé dans une filmographie immense, Reflections…
occupe d’emblée la place des films ressentis du cinéaste.
Reflections sera évidemment un échec
(tant public que critique). Échec car ne répondant
à aucune règle commune des films susceptibles
de rencontrer un grand public… Stars dans des contre-emplois
masochistes, ligne narrative complexe et saugrenue, ruptures
de ton violentes, et histoire proche du psychodrame et de
l’analyse psychanalytique.
 |
|
|
|
Pourtant, tout dans
Reflections respire l’absence totale d’analyse, d’explications…
En cela, il s’agirait d’une œuvre en presque complète
opposition avec le Freud que Huston réalisa
4 ans avant. Gémellité fascinante car ce dernier
film était d’un noir et blanc abstrait et évoquait
les méandres de la psychanalyse avec une multitude
de scènes explicatives ayant pour guide un Montgomery
Clift d’une fragilité et d’une faiblesse physique totale.
A contrario, Reflections refuse les explications et
les facilités. On l’observera, dans une image au jaune
étincelant, avec les dérives d’un Marlon Brando
dont l’interprétation impressionnante parachève
l’opposition totale. Notons qu’avant Brando, le film devait
se tourner avec… Montgomery Clift qui mourut peu de temps
avant le tournage. Si Clift avait été l’acteur
principal des deux films, le parallélisme n’en aurait
été que plus troublant.
Reflections n’est donc pas un drame psychologique de
plus comme Hollywood en a raffolé. On pense ici aux
innombrables adaptations de Tennessee Williams par exemple…
Non, le film de Huston est un véritable film de surface,
une œuvre épidermique. Les personnages sont des imbéciles,
des désespérés, des " désaxés "
qui se croisent, se trompent, s’ignorent, se méprisent
et qui seront incapables de communiquer pendant toute la durée
du film… Ils se verront continuellement refuser la possibilité
de s’expliquer, de se dévoiler… séparés
par les circonstances, les imprévus et par la mort.
A moins qu’il ne s’agisse de l’humour macabre et sardonique
du cinéaste...
|