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Le film se déroule
dans une base militaire au sud des Etats-Unis. Comme un tombeau
ou un conte baroque, le film s’ouvre et se clôt sur
cette citation empruntée au roman original de Carson
McCullers : " Il y a un fort dans le Sud
où voici quelques années un meurtre a été
commis… ".
Ce Sésame originel
tend à déclencher le moteur du film comme le
démontrera, quelques secondes plus tard, l’incipit
de l’œuvre avec une présentation du cadre spatio-temporel
et le fil directeur du film entier : Le Soldat Williams. Le
Soldat Williams restera, pendant l’intégralité
de l’histoire, notre regard, notre voyeur à nous,
pénétrant avec sa naïveté autiste
dans ce maelström de névrosés. Pourtant
le film ne se privera pas de nous offrir le portrait de Williams :
individu secret, excentrique et ensorcelé de fantasmes
étranges : il galope nu sur une vieille jument,
et rentre la nuit dans la chambre de la femme qu’il désire
pour…caresser sa lingerie fine… L’interprétation marmoréenne
de Robert Foster, dans son tout premier rôle, reste
l’une des grandes réussites du film.
Ainsi incarné, le soldat Williams va observer des personnages
torturés à travers des vitres, des miroirs et
les reflets de son propre regard. Une farandole de " misfits "
tour à tour touchants, grotesques et pathétiques :
un major aux penchants homosexuels de plus en plus incontrôlables
ainsi que sa femme bête, vulgaire et adultérine.
Leurs amis proches : une femme meurtrie dans son âme
et dans sa chair par la mort de sa fille, viril, et son mari :
un militaire à l’imbécillité et l’incompréhension
totale. Anacleto, le majordome philippin particulièrement
peu viril du couple. Ces individus seront reliés par
le regard de Williams mais aussi, et surtout, par la mise
en scène magistrale de Huston.
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Ainsi, pour renforcer
les télescopages humains, Huston emploie un procédé
peu exploité et assez déstabilisant. Les scènes
dont la continuité se toléraient, voire s’imposaient,
se voient continuellement détruites par le début
d’une autre scène (censée se dérouler
à un autre endroit au même moment). Ces scènes,
rompant avec l’atmosphère et l’ambiance de la première
(dans laquelle inconsciemment les spectateurs étaient
prêts à s’installer), se voient de nouveau interrompues
par la suite de la scène originale. Tout cela est audacieux
et très calmement subversif. Plus tard, la subversion
s’exprimera, comme assez rarement chez Huston, par la provocation.
Le film est rempli de fulgurances s’acheminant entre les précipices
du sublime et du mauvais goût. Raillant et humiliant
la virilité disparue de son mari qui n’est plus, depuis
très longtemps, " un étalon ",
Elizabeth Taylor (plus vulgaire et adipeuse que jamais) lui
jette son immense soutien gorge à la figure avant de
monter nue un escalier. Les pitreries grotesques d’Anacleto,
sur le musicien Rachmaninov, qui, exécutant quelques
pas de danses à la grâce discutable, bascule
soudain dans l’escalier ; les mimiques spectaculaires
de Marlon Brando lorsqu’il dévore des yeux les beaux
jeunes hommes en plein exercice… Si l’interprétation
du film est absolument remarquable de la part du trio Julie
Harris, Brian Keith et Zorro David, elle prend une dimension
emphatique avec le jeu d’Elizabeth Taylor et surtout de Marlon
Brando.
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Taylor, dont les derniers
grands rôles se profilaient, est particulièrement
brillante. Son personnage de femme stupide, insensible à
la souffrance des autres et principalement occupée
à faire du cheval et à organiser d’insupportables
buffets, est superbement rendu. Peu sont les stars féminines
canonisées par Hollywood à avoir autant recherché
les rôles négatifs… Elle sera quelques années
après monstrueuse dans Virginia Woolf, Secret
Ceremony et bien sûr Boom. Mais le personnage
du film de Huston qui reste le plus monstrueux et le plus
fascinant est évidemment Marlon Brando.
Il fallait un acteur au talent immense pour éviter
la caricature. Le rôle du Major Penderton est une sorte
de catalogue de névroses en tout genre : Il est
impuissant, homosexuel refoulé, narcissique, masochiste,
fétichiste, kleptomane et paranoïaque.
" C’est un grand et merveilleux acteur pour qui
j’ai le plus grand respect. Nous ne sommes pas amis intimes,
mais je l’aime beaucoup. C’est l’acteur le plus puissant et
le plus intérieur que j’ai jamais connu. Je me souviens
l’avoir vu dans Jules César. Et bien les acteurs
anglais expérimentés palissaient à côté
de lui. Il donnait de l’éclat et de la couleur à
tout ce qu’il faisait. Je suis confondu d’admiration devant
Brando et son art. " (" Deux
rencontres avec John Huston " de Michel Ciment
- Positif n° 283)
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