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Le masque, l’intériorité,
la force et l’incroyable densité tragique qu’il donne
à son personnage résonnent comme les terribles
cris de détresse d’un désordre existentiel finalement
universel. Reflections… est sa plus puissante création
avec One Eyed Jack.
Les parti pris de mise en scène sont une autre marque
de la puissance de cette œuvre insolite. On sait que Huston,
surtout au début de sa carrière, était
incapable de faire autre chose que filmer des dialogues. Académisme
pesant et statique d’une mise en scène, certes professionnelle,
mais aujourd’hui bien terne : In this your Life
et le médiocre Across the Pacific. Même
The Maltese Faucon peut sembler par moments
insupportable. Le tournant amorcé du technicolor
et la liberté de ton intrinsèquement liés
aux années 60 ont épanoui l’art de Huston jusqu'à
la fin de sa carrière. Dès lors, ses films seront
remplis de magnifiques instants de cinéma, de fulgurances
splendides : la danse autour de l’arbre de Marilyn dans
The Misfits, le départ du boxeur déchu
dans Fat City, le final cauchemardesque de Kremlin
Letter, la folle cavalcade de Firebird dans Reflexions…
Cette séquence qui tend à se rapprocher du climax
final du film est un morceau de cinéma exceptionnel.
Peut-être l’une des manifestations les plus claires
de la supériorité sans pareil du cinéma
américain.
L’homosexualité, comme l’attraction du plaisir, doit
être occulté, surtout dans un milieu aussi machiste
qu’une base militaire. Le Capitaine Weincheck qui lit Proust
et écoute de la musique classique est purement et simplement
exclu de l’armée. Anacleto, quant à lui, est
une source de moquerie constante…
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Le charnel, les pulsions
sexuelles détiennent une place principale dans ce film.
Les chevaux ont une utilisation purement sexuelle. Firebird
est un étalon et il reste le seul vrai amour de Leonora
(Taylor). Lorsque son mari tente de le monter, il manque d’être
tué… La cravache de Leonora ne servira pas à
battre le cheval mais à fouetter le visage son mari…
Mais si l’étonnante scène d’amour entre Leonora
et Williams est provocante, sensuelle (alors que les deux
corps ne se touchent pas), c’est aussi et surtout grâce
à l’admirable photographie d’Aldo Tonti et Oswal Morris.
Comme les expérimentations de Morris sur Moby Dick
et Moulin Rouge, Huston décida, avant le tournage,
que le film devait se voir comme le titre le supposait :
à travers une pupille mordorée. Il proposa à
la Warner de sortir le film dans une copie dorée, dessaturée
au blond sépia. Une photo qui bannirait toutes couleurs
vives. La Warner accepta et Tonti tira une centaine de copies
dorées.
Reflections… " est une histoire psychologique
très nuancée, des pensées, des sentiments,
des émotions qui ne pouvaient s’exprimaient dans la
gamme trop brillante du Technicolor. Je recherchais donc une
coloration spéciale. Les laboratoires italiens trouvèrent
ce que je souhaitais au détriment d’autres films en
cours, je le crains.(…) Un effet doré, une couleur
d’ambre, diffuse, très belle et parfaitement accordée
au ton général du film " (An
open Book de John Huston).
Malheureusement, les
projections test furent un désastre et le public hurla :
" Les couleurs ont virées ! "
Devant la colère des exploitants toutes les copies
furent détruites. Sauf une… qui sera détruite
plus tard… Jamais le film ne fut exploité de cette
façon, et c’est essentiellement des copies couleurs
qui restent visibles aujourd’hui.
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