Objectif Cinéma : Avez-vous
été confronté à des problèmes
dans votre travail pour la lumière de ce film ?
Yves Angelo : La
photographie ne se situe jamais en terme de facilité
ou de difficulté mais en terme de sensibilité.
Pour travailler la mise en scène ou la photographie,
il faut d'abord ressentir quelque chose. Si on veut ressentir
quelque chose, et qu'on y arrive, la technique vient ensuite
d'elle-même, au service de cela... Photographier la
mine n'a pas été une chose très compliquée.
Il y a des plans qui supposent un travail très léger,
et qui ont demandé au contraire d'énormes
difficultés, alors que d'autres qui supposent un
savoir-faire inouï, sont d'une simplicité totale !
Germinal était un film très lourd,
et très dur physiquement. J'ai essayé pour
la lumière d'être le moins esthétisant
possible, et le plus naturaliste, dans le sens concret du
terme et le moins racoleur, sans avoir le désir de
plaire absolument par des images. On tient une photographie
parce qu'on la perception des choses qui ne varie pas, qu'on
a un goût vers quelque chose auquel on croit :
une image contrastée, sombre, très claire
ou très jaune, ou très bleue, parce qu'on
est naturellement porté vers cette chose. Il n'y
aucun secret, c'est très simple en fait. Quand on
est bien, on fait des choses, quand on est moins bien, on
ne réussit pas toujours ou on est plus technicien
que sensible ; la difficulté du cinéma, c'est
d'être au-delà de l'humeur et des contingences
psychologiques, et d'essayer de tenir toujours une direction
de rigueur. C'est cela qui est moralement difficile, surtout
sur 28 semaines Au delà de ça, Germinal
reste un film comme les autres; on met de la pellicule
dans une caméra, et on met les projecteurs pour éclairer
les acteurs, avec des variantes bien entendu, mais je crois
qu'il faut rester simple, surtout par rapport à ce
travail-là.
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