Objectif Cinéma : Les
vêtements rouges des figurants se détachant
sur un fond gris lors des scènes du film, est un
aspect assez frappant de votre travail...
Yves Angelo : Le
décor de cette abbaye est dépourvu de couleurs,
sinon la couleur de la pierre. Quand aux costumes rouges,
ils sont historiquement vrais (les vieux de Bicêtre
étaient habillés ainsi) et je ne voulais pas
non plus m'attacher à ces vieillards. Je préfère
les filmer de loin : le rouge est une couleur qui s'en détache
d'autant mieux.
Objectif Cinéma : Comment
se passe votre collaboration avec Bernard Lutic, le chef-opérateur
de votre film ?
Yves Angelo : Au
lieu de parler de façon imagée comme le font
souvent les réalisateurs, je lui parle de façon
très concrète ; sur certains décors,
on peut dire que la lumière devrait être plus
ou moins forte. Mais tout se passe très simplement,
il n'y a pas de problème quant au cadre. Je tiens
la caméra une fois sur deux à peu prés.
Objectif Cinéma : Etes-vous
très directif vis à vis d'acteurs comme Depardieu
?
Yves Angelo : Non,
même si j'ai à chaque fois une idée
très précise. On croit toujours qu'on ne peut
pas diriger des vedettes comme Depardieu mais c'est absolument
faux, c'est tout le contraire. On peut faire 20 ou quarante
prises comme cela nous est arrivé, avec le même
plaisir et la même volonté de perfectionner
et de développer la scène. Si on néglige
cet aspect de la direction d'acteurs, on néglige
une énorme partie du travail. Le reste, placer la
caméra, faire un mouvement, est moins important :
c'est très simple à l'intérieur du
jeu d'un acteur; et justement, pour déterminer une
mise en scène de caméra, il faut avant tout
être précis sur le jeu d'acteur... Les deux
choses se combinent. A partir du moment où les indications
qu'on leur donne leur paraissent justes et intéressantes,
ils les acceptent aussitôt : ils ne demandent
qu'à prendre du plaisir et se perfectionner... C'est
presque plus difficile de diriger un second rôle,
qui a un éventail moins large, qui a donc beaucoup
plus de mal à rendre ce que l'on veut, tandis que
les personnages principaux ont une panoplie, une palette.
C'est un instrument de musique. On joue dessus.
Objectif Cinéma :
Vous nous avez confié que
vous n'aimez pas le résultat final de Germinal
dont vous aviez réalisé la photographie :
pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
Yves Angelo : Je
trouve qu'il se contente de filmer des pages de scénario
qui n'ont d'ailleurs pas été assez travaillées.
Il y a certes un travail colossal, mais au-delà duquel
il ne reste pas grand chose.