En véritable DeeJay cinématographique,
Kitamura est allé chercher le meilleur du cinéma
d'horreur et d'action des années 80, en a fait des
samples et a créé son propre morceau en intégrant
sa culture trash et underground au cinéma asiatique
qu'essaient en ce moment même de copier les grosses
productions Hollywoodiennes depuis « The Matrix ».
Tourné entièrement en forêt, « Versus
» est un déluge non-stop de bastons homériques,
superbement chorégraphiées, de gunfights titanesques
et parfaitement minutés, le tout éclaboussé
par du gore cartoonesque, salissant et franchement jouissif.
Comme un morceau techno, « Versus»
accumule les montées. La musique électro-punk
souligne d'ailleurs chacune des poussées d'adrénaline
qui se concluent par de multiples séquences de bravoure
ahurissantes. Toutes les cinq minutes, des cris et des applaudissements
fusent, expressions spontanées et naturelles de l'excitation
pure que chacun ressent, scotché dans son fauteuil.
Des éclats de rire jaillissent également,
car comme ses mentors, Kitamura fait preuve d'un humour
débridé qui se traduit soit par des gags visuels
dignes d'un Buster Keaton, soit par des situations trash
et sanglantes qui rappellent le comique irrespectueux d'un
« South Park ».
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Deux heures après et sans aucun
temps mort, « Versus » se termine et nous laisse
tous hagards, épuisés mais ravis, conscients
d'avoir assisté à une véritable révolution
cinématographique qui, au même titre que «
Matrix », pose de nouvelles bases et ouvre une nouvelle
voie dans un genre que l'on pensait définitivement
enterré. Pendant plus d'une demi-heure, les spectateurs
ne cessent de féliciter et d'acclamer l'équipe
du film qui, visiblement ravie et heureuse, s'étend
en sourires immenses et en « thank you » sincèrement
humbles.
Le lendemain, je retrouve le réalisateur
Ryuhei Kitamura pour l'interviewer afin de savoir d'où
sort ce jeune fou furieux qui a créé la surprise
du festival et de ce début de nouveau millénaire.
Objectif Cinéma :
Pourquoi avoir choisi Gérardmer
pour présenter votre film ?
Ryuhei Kitamura : On
voulait faire quelque chose qui n'avait jamais été
fait auparavant et on a décidé de le faire
pour public de Gérardmer. J'ai toujours voulu être
ici avec mon film car j'avais lu quelque part que le public
de ce festival était fou et excité, alors
on a décidé qu'on allait faire un film pour
lui. On se fout du public japonais, ce qui nous intéresse,
ce sont les fous de Gérardmer !
Objectif Cinéma : Comment
est né "Versus" ?
Ryuhei Kitamura : C'est
une idée que j'ai depuis les années 80 car
je suis très influencé par les films d'action,
d'horreur ou de science-fiction des années 80 comme
ceux de Sam Raimi, John Carpenter ou George A. Romero. En
90, il n'y avait plus de bons films d'action ou d'horreur.
Alors on a voulu ressusciter l'esprit des années
80 dans le nouveau millénaire. Ca, c'était
le point de départ. Et on voulait juste essayer de
faire un film 100% action car même dans ce qu'on appelle
les films d'action, il y a beaucoup d'ennuyeux passages
dialogués et je n'aime pas ça. Si je vais
voir un film d'horreur, je veux voir des têtes exploser,
des gens se faire massacrer et si je vais voir un film d'action,
je ne veux que de l'action. Je me fous de voir Schwarzenegger
jouer la comédie ou des trucs comme ça. Du
coup, on a décidé de ne faire que de l'action
pendant deux heures et c'est quelque chose que personne
n'a jamais fait avant.