Objectif Cinéma :
Beaucoup de séquences de
vos deux films donnent l'impression d'être storyboardées
? Est-ce le cas ?
Denis Villeneuve : N'ont
été storyboardées que certaines scènes
comportant des effets spéciaux ou des cascades :
la scène du réveil de Simone emprisonnée
dans sa voiture et la scène où Bibiane bascule
sa voiture dans le fleuve.
Écrivant moi-même mes films, le découpage
se crée évidemment dès l'écriture,
dans la genèse. Le style et l'alphabet des images
grandissent avec la scénarisation. Le film existe
déjà le scénario terminé. Cependant,
je n'aime vraiment pas la rigidité du storyboard
: je le trouve plutôt " castrant ".
Un 32 août est né, en partie,
d'un désir d'épuration formelle, de simplicité
: le découpage technique était très
précis. Celui de Maelström était complètement
différent : j'avais envie de retrouver l'énergie
et la spontanéité jouissive de l'époque
où je tournais des documentaires avec une caméra
vidéo minuscule, je me suis donc permis de travailler
avec une grande spontanéité sur le plateau.
La forme artistique qui se rapproche le plus d'un 32 Août
est la peinture impressionniste. Maelström s'apparente
plus à l'opéra.
Objectif Cinéma : Comment
aborde t-on un deuxième long quand le premier a été
remarqué ? Incorpore t-on le fait d'avoir eu une
connexion rapide avec le public et cela peut-il influer
sur l'écriture du deuxième film ? Ou êtes-vous
resté plutôt solitaire, intime, voire avec
l'envie de "casser" l'attente en prenant des contre-pieds
?
Denis Villeneuve : La
carrière d'un de mes films, pour moi, débute
et se termine à mon autocritique. J'oublie très
rapidement le reste, même si je ne m'interdit aucune
influence. Pour ce qui est du public, je repars donc à
chaque fois au point zéro, comme si je leur présentais
à nouveau, à chaque fois, un premier film.
J'espère, naïvement, que tous mes films auront
les qualités d'une première uvre.
J'ai donc eu le deuxième réflexe
: j'ai fait mon deuxième film en réaction
au premier et non pas en continuité, tout en me cloîtrant.
Il n'y avait pas cependant cette envie de casser l'attente,
puisque j'élimine totalement cette possibilité.
Je considère, avec justesse, que personne n'attend
mon prochain film.
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2000 Maelström
1997
Un 32 aout sur Terre / August 32nd on Earth
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