Concernant les deux héroïnes,
votre remarque est très juste : les deux femmes se
battent contre leur naissance. Ces deux personnages sont
très proches de moi sous cet aspect.
L'idée de remise en question, de
vigilance et de sommeil face aux acquis, de surplace de
notre monde qui n'en finit plus de se répéter
en erreurs et en horreurs.
Il y avait cette idée, qui hante
les bases des deux projets, volée à Camus
: "Puisque toute action aujourd'hui débouche
sur le meurtre, direct ou indirect, nous ne pouvons pas
agir avant de savoir si, et pourquoi, nous devons donner
la mort. "Les deux personnages se font, par impact,
dévié de leur orbite, et se mettent à
douter du monde qui les reconnaît.
Objectif Cinéma :
Un autre point commun entre les
2 films est l'accident de voiture. En avez-vous été
conscient lors de l'écriture de Maelström ou
est-ce un private joke ?
Denis Villeneuve : La
notion de l'accident (décantée sous toutes
ses formes) est effectivement une des trames formelles communes
aux deux films. L'accident comme moteur à vertiges,
ce n'est rien de nouveau, mais j'en aime justement la banalité,
la quotidienneté, la proximité, la disponibilité.
L'idée demeurait de partir de prémices
similaires pour arriver à un film complètement
différent. Pour réussir à écrire,
il faut que je m'abandonne à un certain esprit ludique
: ce jeu du point de départ identique agissait pour
moi simplement, en surface, comme défi initiateur.
Plus essentiellement, j'avais, évidemment, aussi
une envie sourde d'explorer ce territoire plus à
fond.
Objectif Cinéma : Qu'avez-vous
pensé d'Eyes Wide Shut ?
Denis Villeneuve : Il
y a toujours dans les films de Kubrick un moment où
l'on contemple un gouffre donnant sur l'inconnu. Dans Eyes
Wide Shut, c'est ce plan de la poupée Barbie à
la toute fin qui m'a marqué.
Objectif Cinéma :
En France le prénom "Simone"
(le prénom du personnage principal du 32 Août
) a une connotation du début du siècle et
"pose" un personnage en lui donnant un autre sens
que Sonia, Nathalie ou Chantal.
"Simone" donnerait l'impression que l'auteur a
mis un côté nostalgique -ou tragique- au personnage.
Est-ce le cas, ou bien ce prénom est-il beaucoup
plus contemporain au Québec ?
Denis Villeneuve : Le
prénom Simone n'a pas cette connotation nostalgique
chez nous. Il est contemporain, quoique peu répandu.