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Mehdi Belhaj Kacem (c) Julien Oberlander MEHDI BELHAJ KACEM
ET JULIA FAURE

Rencontre exclusive
Entretien réalisé
le 14 décembre 2001 à Paris
Par John Jefferson SELVE
et Philippe BEER-GABEL
Photos de Julien OBERLANDER


Sauvage Innocence de Philippe Garrel est un film qui draine l'essence même du cinéma, à l'instar de Mullholand Drive de David Lynch, autre joyau cinématographique de cette année.
Garrel charrie de façon magistrale dans Sauvage Innocence, l'affect de son histoire du cinéma à travers la représentation de ses amours défuntes.
Cependant, il n'y a pas chez Garrel d'atavisme moribond, plutôt un chiasme a-temporel, une sorte de miroir magique qui nous offre par reflet la reviviscence des amants désaccordés.
L'unique dissonance permet alors l'entrave d'une réalité cinématographique et la naissance de l'un des plus beaux couples du cinéma actuel.

Rencontre avec la révélation Julia Faure et l'écrivain-philosophe (auteur de L'antéforme, Vies et Morts d'Irène Lepic, parus chez Tristram, ou encore Essence de l'amour, paru chez Fayard), désormais acteur : Mehdi Belhaj Kacem.



  Julia Faure (c) Julien Oberlander
Objectif Cinéma : Ne vous était-il pas trop difficile d'incarner l'histoire d'amour de Garrel et Nico, alors que tant d'autres s'y étaient déjà essayés ?

Mehdi Belhaj Kacem : La difficulté d'un acteur réside dans la proximité qu'il peut entretenir avec le rôle. Il a son corps, quelques répliques sur un papier, et puis c'est tout. Je pense surtout que la difficulté était pour Julia en tant qu'actrice de jouer une actrice qui joue Nico... C'était différent pour moi car je n'étais pas acteur au départ de ce projet et je n'avais que ce film pour le devenir.

Julia Faure : Pour moi, ce n'était pas une difficulté, plutôt quelque chose qui s'apparente à une délivrance. Cela avait l'air d'un enfermement à l'intérieur de moi, un enfermement qui te bloque à un moment de ta vie. Mais même s'il y a de cela, ce n'était qu'apparence, dans le sens où l'on ne peut cantonner le film à ce seul motif.

Mehdi Belhaj Kacem : Je ne savais pas ce qu'était le métier d'acteur. C'est sur la fin (du tournage) que je me suis rendu compte que j'avais accompli un véritable travail d'acteur, dans la mesure où, dans la vie je ne ressemble pas véritablement au personnage que j'incarne.


Objectif Cinéma : Mehdi, en tant qu'écrivain, n'as-tu pas eu un sentiment d'assimilation avec la figure de l'artiste ? Tu interprètes un réalisateur mais avant tout un créateur…

Mehdi Belhaj Kacem : On ne peut pas réellement y échapper, je retrouve certaines de mes affinités à travers l'ombre de Carax par exemple, qui devait dans un premier temps interpréter le rôle. Il y a aussi des choses personnelles : la première partie du film ressemble à une période de ma vie, c'est évident. De toute façon, Philippe qui est quelqu'un de très gentil, de très doux, nous amène de façon certaine là où il le désire. Cela m'a conduit à me poser des questions par rapport à ce que j'avais fait il y a quatre ou cinq ans, au travers d'une revue. Il y a une perversion inconsciente par exemple quand on est cinq, six dans une revue et qui rejoint ce phénomène de petit groupe que l'on peut retrouver sur un tournage. J'ai pu me reconnaître dans l'interrogation sur la culpabilité qu'il y a dans le film, par rapport à mon expérience de vie.