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Pennebaker (c) D.R. RENCONTRES INT.
DE CINEMA

FORUM DES IMAGES


D.A. PENNEBAKER - Réalisateur


Entretien recueilli le 9 novembre 2002
Par Bernard PAYEN et Denis RITTER
dans le cadre des 8e Rencontres Internationales de Cinéma
au Forum des Images (Paris).

Traduction de Denis RITTER
Remerciements chaleureux
à Anne BARJOT et François TCHERNIA.



D. A. Pennebaker est l’un des fondateurs du cinéma-vérité aux Etats-Unis, avec Richard Leacock et Robert Drew. En 1960, leur film commun, Primary, chronique de la campagne électorale du futur président Kennedy pour les élections primaires du Wisconsin, a marqué durablement les esprits par son utilisation systématique de la caméra portable. A partir de 1967, d’abord seul, puis en tandem à partir de 1970 avec sa compagne et collaboratrice Chris Hegedus, Pennebaker se consacre principalement à la réalisation de documentaires musicaux, filmant les plus grands musiciens et chanteurs (Bob Dylan, Ottis Reading, Jimmy Hendrix…) et les concerts les plus mythiques (Bowie Ziggie Stardust en 1973, Monterey Pop en 1968…). On retiendra aussi la réalisation d’un film très curieux commencé par Jean-Luc Godard en 1968 avant qu’il n’en perde la direction (One P.M) et son désormais mythique War Room sur la campagne électorale de Bill Clinton en 1993.



  Pennebaker (c) D.R.

Objectif Cinéma : Dans les années 60, vous avez en quelque sorte révolutionné le genre documentaire avec des gens comme Richard Leacock ou Robert Drew. Comment ce mouvement a-t-il vu le jour ?

Donn A. Pennebaker : A l’époque je commençais à peine à tourner des films. Je m’étais rendu en ex-URSS avec très peu de matériel et quand je suis revenu, Drew, qui travaillait pour " Timelife ", et Ricky, étaient partis faire un film sur un torero. Parallèlement, ils réalisaient un documentaire sur le lancement dans la stratosphère d’un ballon qui devait prendre des photos de Mars et avait à son bord des physiciens. Les idées de Drew ont plu à " Timelife ", qui nous a donc fourni l’équipement qui nous manquait. A partir de là les choses sérieuses ont commencé. Nous avons tourné Primary, puis Eddy Sax, puis Yanki No, et au fur et à mesure, d’autres gens nous ont rejoint jusqu’à ce qu’on forme une équipe d’une vingtaine de personnes. Nous voulions faire des films d’environ une heure, qui jettent un regard candide sur la réalité, sur la vie quotidienne et domestique, voir le monde avec un œil nouveau. Drew et " Timelife " pensaient que nous pourrions tourner un film de ce type par semaine. Personnellement, je croyais avoir besoin de trois mois, mais je me trompais.

En assez peu de temps, j’avais déjà tourné une demi-douzaine de films en collaboration avec Ricky. Ces documentaires étaient en fait rarement diffusés, ce qui bien sûr nous posait problème. ABC nous en a achetés quelques-uns pour une émission baptisée " Close Up ", mais nous ne rentrions pas exactement dans leurs critères. Quant à " Timelife ", les rares fois où ils passaient un de nos films à l’antenne, ils en réduisaient la durée et le hachaient de coupures publicitaires. En quarante minutes, les personnages n’ont pas le temps de prendre de l’ampleur, et c’est pour cette raison que " Timelife " voulait des documentaires très narratifs. Malgré ces contraintes, nous avons continué à travailler et à tourner sur des sujets très variés : Jane Fonda, les junkies de Santa Monica, un concours de piano…Puis est venu Crisis, avec Ricky, qui a essuyé un autre refus de la part de " Timelife ".

J’en ai eu assez et j’ai claqué la porte. J’ai tourné un bon nombre de courts-métrages, jusqu’à ce que je réalise Don’t Look Back, puis le film sur le festival de Monterey. Ces deux œuvres ont été mes premières à être distribuées en salle, ce qui m’a donné une certaine crédibilité auprès des critiques qui considèrent le documentaire de télévision comme un genre de seconde zone. Ils n’écrivent que sur ce qu’ils voient en salle, ce qui n’est pas franchement favorable à l’éclosion de jeunes talents. Il faut pouvoir avoir les moyens de se faire remarquer.