D. A. Pennebaker est l’un
des fondateurs du cinéma-vérité aux Etats-Unis,
avec Richard Leacock et Robert Drew. En 1960, leur film commun,
Primary, chronique de la campagne électorale du
futur président Kennedy pour les élections primaires
du Wisconsin, a marqué durablement les esprits par
son utilisation systématique de la caméra portable.
A partir de 1967, d’abord seul, puis en tandem à partir
de 1970 avec sa compagne et collaboratrice Chris Hegedus,
Pennebaker se consacre principalement à la réalisation
de documentaires musicaux, filmant les plus grands musiciens
et chanteurs (Bob Dylan, Ottis Reading, Jimmy Hendrix…) et
les concerts les plus mythiques (Bowie Ziggie Stardust en
1973, Monterey Pop en 1968…). On retiendra aussi la réalisation
d’un film très curieux commencé par Jean-Luc
Godard en 1968 avant qu’il n’en perde la direction (One
P.M) et son désormais mythique War Room
sur la campagne électorale de Bill Clinton en 1993.
|
| |
 |
|
|
Objectif Cinéma
: Dans les années 60,
vous avez en quelque sorte révolutionné le genre
documentaire avec des gens comme Richard Leacock ou Robert
Drew. Comment ce mouvement a-t-il vu le jour ?
Donn A. Pennebaker
: A l’époque je commençais à peine à
tourner des films. Je m’étais rendu en ex-URSS avec
très peu de matériel et quand je suis revenu,
Drew, qui travaillait pour " Timelife ",
et Ricky, étaient partis faire un film sur un torero.
Parallèlement, ils réalisaient un documentaire
sur le lancement dans la stratosphère d’un ballon qui
devait prendre des photos de Mars et avait à son bord
des physiciens. Les idées de Drew ont plu à
" Timelife ", qui nous a donc fourni l’équipement
qui nous manquait. A partir de là les choses sérieuses
ont commencé. Nous avons tourné Primary,
puis Eddy Sax, puis Yanki No, et au fur et à
mesure, d’autres gens nous ont rejoint jusqu’à ce qu’on
forme une équipe d’une vingtaine de personnes. Nous
voulions faire des films d’environ une heure, qui jettent
un regard candide sur la réalité, sur la vie
quotidienne et domestique, voir le monde avec un œil nouveau.
Drew et " Timelife " pensaient que nous
pourrions tourner un film de ce type par semaine. Personnellement,
je croyais avoir besoin de trois mois, mais je me trompais.
En assez peu de temps, j’avais déjà tourné
une demi-douzaine de films en collaboration avec Ricky. Ces
documentaires étaient en fait rarement diffusés,
ce qui bien sûr nous posait problème. ABC nous
en a achetés quelques-uns pour une émission
baptisée " Close Up ", mais nous
ne rentrions pas exactement dans leurs critères. Quant
à " Timelife ", les rares fois
où ils passaient un de nos films à l’antenne,
ils en réduisaient la durée et le hachaient
de coupures publicitaires. En quarante minutes, les personnages
n’ont pas le temps de prendre de l’ampleur, et c’est pour
cette raison que " Timelife " voulait
des documentaires très narratifs. Malgré ces
contraintes, nous avons continué à travailler
et à tourner sur des sujets très variés :
Jane Fonda, les junkies de Santa Monica, un concours de piano…Puis
est venu Crisis, avec Ricky, qui a essuyé un
autre refus de la part de " Timelife ".
J’en ai eu assez et j’ai claqué la porte. J’ai tourné
un bon nombre de courts-métrages, jusqu’à ce
que je réalise Don’t Look Back, puis le film
sur le festival de Monterey. Ces deux œuvres ont été
mes premières à être distribuées
en salle, ce qui m’a donné une certaine crédibilité
auprès des critiques qui considèrent le documentaire
de télévision comme un genre de seconde zone.
Ils n’écrivent que sur ce qu’ils voient en salle, ce
qui n’est pas franchement favorable à l’éclosion
de jeunes talents. Il faut pouvoir avoir les moyens de se
faire remarquer.
|