Depuis 1991, l’association
Documentaire sur grand écran (DSGE) organise à Paris des programmations
de films documentaires dans les salles de cinéma. Une occasion
de revisiter, grandeur nature, le répertoire vaste et diversifié
d’un genre longtemps confiné au seul médium télévisuel. A
l’occasion de la programmation “ L’esprit des lieux ”,
qui se tient jusqu’au 29 juin 2003 au Cinéma des cinéastes
(Paris XVII), Simone Vannier, déléguée générale de DSGE, revient
sur la genèse et la finalité de cette démarche.
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“ Mettre
le documentaire à l’épreuve de la salle ”
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Objectif
Cinéma : Comment est née
Documentaire sur grand écran ?
Simone Vannier :
C’était à la fin des années 1980, la programmation de films
documentaires à la télévision a commencé à être remise en
cause par les annonceurs publicitaires, qui estimaient ce
genre trop peu vendeur en termes d’audimat. Peu à peu, le
documentaire a été relégué en fin de soirée, voire en début
de nuit. Moi-même réalisatrice de films documentaires à l’époque,
je me suis vu refuser trois projets par des chaînes de télévision
publiques. Je me suis alors dit qu’il fallait faire quelque
chose pour programmer des documentaires en salles.
C’est à la même époque que la Scam (Société civile des auteurs
multimédias), incitée par la loi Lang qui l’obligeait à consacrer
une partie des sommes collectées à la promotion des œuvres,
a mis en place une programmation de documentaires à la Vidéothèque
de Paris, ancêtre de l’actuel Forum des images. Les “ Mardis
de la Scam ”, dont je me suis occupé la première année,
entendaient réhabiliter le documentaire, montrer qu’il est
une œuvre cinématographique à part entière. A partir de ce
moment, l’idée d’une programmation régulière de documentaires
en salles a progressé. C’est à cette fin que Colette Piault,
Michel Vilar et moi-même avons créé, en 1991, l’association
Documentaire sur grand écran avec l’aide du CNC, de la Scam,
de la Sacem, de la Procirep et de la Drac Ile-de-France.
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Objectif
Cinéma : Quelle a été
votre politique ?
Simone Vannier :
Nos activités ont commencé officiellement en novembre 1992.
Il y avait une séance quotidienne au cinéma Utopia, rue Champollion
(Paris V), et une autre, hebdomadaire, le dimanche, à l’Entrepôt
(Paris XIVème). Nous avons d’abord programmé un échantillon
de films en fonction de nos goûts, sans grande cohérence.
Le film Titicut follies (1969) de Frederick Wiseman,
avec lequel nous avons ouvert notre programmation, a connu
un succès retentissant. Nous en avons profité pour projeter
quelques autres films sur le thème de la folie, qui ont également
attiré beaucoup de monde dans les salles. Mais nous avons
aussi rencontré quelques difficultés. Je me souviens ainsi
de séances dans les premières années, où Johann Van der Keuken
venait présenter lui-même ses films devant un auditoire de
cinq ou six personnes tout au plus, c’était assez effrayant.
Mais nous avons persévéré.
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