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En pleine tempête (c) D.R. ETE 2000
Temps très humide à très sec
Par Cyril JOHANNEAU


Le dimanche soir, je travaille tard mais ça ne m’empêche pas de regarder ciné-dimanche sur tf1. Et j’aime bien ciné-dimanche sur tf1. Je ne regarde pas les films. Non, juste l’entre-deux. L’entracte. Le quart d’heure de battement entre les deux films.


C’est ma petite musique de nuit. Et j’en frissonne devant ma télé.

Le mouvement. Le rythme. Le souffle. Voilà, ce qui me fascine dans ciné-dimanche. Ce mouvement qui fait entrer, puis sortir et revenir enfin.

Bref, la mélodie du bonheur.

Dans un monde où l’argent fait le bonheur.

Premier mouvement : faire entrer l’argent – la publicité.

Deuxième mouvement : faire sortir le (télé)spectateur – les bandes annonces de films– pour mieux faire entrer l’argent.

Troisième mouvement : faire revenir le (télé)spectateur – l’autopromotion – pour faire venir les annonceurs.

  60 secondes (c) D.R.

Le tout enlevé par un leitmotiv toujours le même, dans un instant votre deuxième film de la soirée. Le mien, le nôtre. Le vôtre. Vous ne serez pas venus pour rien. Vous ne repartirez pas les mains vides. Et puis, dans un instant votre deuxième film, ça fait le lien. La transition, comme on dit.

Avant que le trouble ne s’installe et la confusion ne nous terrasse. Dans cet interstice de moins en moins vaste qui différencie une publicité pour un film en vidéo et en dvd à la vente et/ou à la location, d’une bande-annonce de cinéma, et cette dernière d’une annonce pour un film diffusé prochainement à la télévision.

Je n’ai pas vu le doute en moi s’immiscer… tant tout cela obéit à des lois subtiles. Ce dimanche, j’ai raté le début mais la fluidité du mouvement ne m’a pas échappé pour autant.

Je suis arrivé en pleine tempête, sous des trombes d’eau. Des gens trempés jusqu’aux os. S’égosillant. Parlant peu et parlant fort. Ballottés, emportés certainement. Oui, certainement.

Quel ennui ! Nul suspense, nulle tension. Nulle tragédie, hormis le film même, peut-être ?

Sade (c) D.R.

La bande-annonce ? Un pétard mouillé. Otez les soubresauts et les éclaboussures, il n’est pas certain que le mal de mer s’estompe tant l’ennui confine à la platitude. Pourtant, moi j’aime bien l’ennui. Oui, celui qui provoque la fascination. L’ennui aux vertus quasi hypnotiques… comme un bulletin de la météo marine qui de la monotonie me transporte vers le rêve, le golfe de Gènes, la mer d’Irlande, les côtes du Portugal sur des vents tournant ouest à nord-ouest sur Madère la nuit prochaine puis s’orientant 3 à 4 au matin. La mer sera peu agitée à agitée, il y aura quelques averses. Pour les Açores, vent de secteur sud-est la nuit puis revenant sud à sud-est demain. La mer sera agitée à localement forte, de rares averses. Pour Minorque, vent mollissant 2 à 4 parfois 5, des averses temporairement fortes à l’ouest, de la pluie sur le sud…

N’était-ce toute cette mer agitée (à très agitée), toute cette eau (qui suinte et dégouline de ma télé), tout cela serait bien vain : on comprend qu’ils vont tous crever et c’est peut-être là la seule élégance du film. Celle de la noblesse de l’échec. mais trop c’est trop. Et trop de vain dans l’eau plate tue l’élégance.