SYNOPSIS :
Parce que le temps détruit tout. Parce ce que certains actes
sont irréparables. Parce que l’homme est un animal. Parce que
le désir de vengeance est une pulsion naturelle. Parce ce que
la plupart des crimes restent impunis. Parce ce que la perte
de l’être aimé détruit comme la foudre. Parce ce que l’amour
est source de vie. Parce ce que dans un monde bien fait le tunnel
rouge n’existerait pas. Parce ce que les prémonitions ne changent
pas le cours des choses. Parce ce que le temps révèle tout.
Le pire et le meilleur. |
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APRES LA MORALE …
Le visage sombre, un homme
sort, escorté par la police, sous la huée de
badauds haineux proférant des insultes homophobes,
d’un sous-sol sordide. Il revient d’un voyage au bout de la
nuit, d’une descente aux enfers impitoyable, d’une incursion
honteuse au plus profond de la bestialité humaine.
Il sort du Rectum (ça vous fait rire ?
l’image, en effet, est éloquente, mais l’on a honte
d’en rire – Irréversible vient tout juste de
nous mettre face à nos contradictions, de nous déranger,
et ce n’est qu’un début), une boîte gay où
il vient de commettre un crime sauvage. Le visage de Dupontel,
presque impassible mais d’une intensité terrifiante,
contient déjà en lui tout le film, toutes ses
contradictions, toutes les questions morales qu’il pose. Depuis
quelques minutes déjà, la caméra furète
dans l’obscurité. A présent elle part explorer,
nerveuse, fuyante, la noirceur de l’âme humaine, puis
choisit de se poser, immobile, comme terrifiée et à
la fois fascinée, face au viol ignoble infligé
à la belle Bellucci, avant de se calmer, comme apaisée,
quand elle assiste à des scènes de vie " normale ",
de vie " humaine " au sens où on
aime l’entendre.
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Irréversible
repose sur un concept : il constitue une succession de
plans séquences montés à rebours, c’est-à-dire
qu’à la manière de Memento on part de
la fin pour remonter au début de l’histoire. Ce concept
que, d’après les propos refroidissants de Noé,
l’on pourrait considérer comme gratuit, donne toute
sa force au film, qui en devient réellement bouleversant.
Il crée un écho terrible, à la fois ironique
et désespéré, au titre. Et la fin devient
un faux soulagement, quand on sait, de manière prémonitoire,
ce qui va se passer. Noé n’en choisit pas moins de
terminer dans la beauté, dans la vie, plutôt
que de dérouler implacablement le fil du temps jusqu’à
l’accomplissement inéluctable de l’atroce destin réservé
aux personnages. Et si les scènes violentes ont marqué
notre esprit, c’est surtout cette atmosphère d’amour
désabusé de la vie qui subsiste en nous quand
on sort de la salle obscure pour émerger au grand jour,
c’est cette impression poignante créée à
la fois par la beauté de cette fin si nostalgique et
par le fait de savoir qu’elle sera détruite.
C’est dans ses interviews
que Noé fait de la provocation gratuite, pas dans son
film. Sa démarche a pas mal choqué (faire un
film de cul avec Bellucci et Cassel ; trouver une " astuce " :
le montage à l’envers ; mettre une longue scène
de viol…). Mais après tout, Noé n’a fait qu’oser
dire comment était né son film, là où
d’autres laissent planer un mystère et passent pour
des génies. Croyez-le ou non, c’est comme ça
que se construit un film : au début, des petites
idées plus ou moins avouables (une histoire qui nous
trotte dans la tête, une scène, un concept…)
puis, petit à petit, d’autres idées qui justifient
nos envies de filmer et permettent de faire passer ce qu’on
a envie d’exprimer dans ses films. Noe, par esprit de provocation,
avoue. Mais la gageure est de trouver une signification globale
à tous ces éléments. Et les grands films
sont ceux qui transcendent les petites idées qui les
constituent, ceux qui transcendent toute notion de concept
et créent un ensemble cohérent. Il me semble
que c’est ce que Noe a réussi. Sa démarche peut
sembler odieuse, mais elle a sa légitimité et
a donné naissance à un film d’une poigne incroyable.
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