SYNOPSIS :
" Le volant ou le coffre ? "
Avec cette proposition et un couteau aiguisé, deux délinquants
un peu fêlés, Chavelo et Coto, attaquent Ulises
Morales, chauffeur de taxi. Ils le contraignent à devenir
leur complice pendant leurs vols à la tire. Lorsqu’il
rentre dans sa famille très honnête, Ulises constate
que cette attaque lui a permis de gagner en quelques heures
plus d’argent qu’il n’en a eu depuis des mois. Obsédé
par les traites de sa Lada taxi qu’il ne parvient pas à
honorer, il se laisse tenter par l’argent facile. Commence alors
pour les trois hommes une fuite en avant, sur fond de crise
sociale urbaine. Après plusieurs hold-up ratés,
Chavelo et Coto s’installent chez Ulises, dans son intimité
familiale. Mais quand vient le moment de faire marche arrière,
peut-être est-il déjà trop tard... |
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POINT DE VUE
Tandis qu’un célèbre
" Taxi " envahit les écrans, un
autre sort dans les salles. Concha de Oro au Festival de San
Sébastian, ce film est rapidement devenu l’un des plus
vus du cinéma chilien devant toutes les superproductions
américaines. Loin d’être un imperturbable bolide,
la vieille Lada pourrie d’un Taxi pour trois propose
une promenade au cœur d’un pays plongé dans les incertitudes
de l’après dictature.
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Enchevêtrement
des genres, de comédie noire et d’images documentaires,
le récit devient non plus une fiction sur un taxi,
mais une réalité exposée au spectateur.
La proposition initiale nous précipite au cœur d’une
situation à double tranchant d’un pays en plein après
Pinochet. Soumis à l’offre des deux bandits Chavelo
et Coto, obsédé par les traites de sa vieille
Lada qu’il n’arrive pas à payer, un chauffeur de taxi
constate qu’il gagne plus d’argent par ses hold-up qu’il n’en
a eu depuis des mois.
Le personnage d’Ulises, père de famille et chauffeur
de taxi, inspiré de la réalité, devient
une métaphore de la représentation entière
d’une conscience. Ulises est tout aussi cupide, que ses deux
complices malfaiteurs. Personnage auquel le spectateur devrait
pouvoir s’identifier, Ulises se soumet, à l’image du
Chili, à l’exposition de publicités consuméristes,
un mode de vie inabordable pour lui. Chaque plan d’attente
dans le taxi, est autant une protection du monde extérieur,
qu’une représentation mentale du personnage. En aussi
mauvais état que sa conscience, ce taxi devient la
raison et le moyen de vivre d’une communauté, non seulement
sa famille, mais aussi ses complices, la police et sa maîtresse,
tentant de construire une survie attachée au mensonge,
à la cupidité matérielle. Si le taxi
attache les personnages aux vœux d’un mode de vie inabordable,
la vielle Lada devient la croix de tous, représentative
d’une identité pesante obstruée.
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La perte d’identité
devient une quête sans aboutissants. Si les deux délinquants
décident de changer de vie au contact de la famille
de Ulises, ils ne seront pas sauvés pour autant. La
décision prise par Ulises d’arrêter de participer
aux braquages, ne le rendra pas honnête. Les événements
le rattraperont, quoi qu’il arrive. A l’image des appareils
électroménagers volés puis offerts à
la famille d’Ulises par ses complices, abandonnés à
plusieurs reprises par celui-ci , et qui retrouvent le chemin
de son foyer à la grande joie de tous, imperméables
à toute prise de conscience devant ce luxe offert.
Face au règne de l’argent, et son mode de vie inabordable
pour la majeure partie de la population, les murs du taxi
purgatoire demeurent faibles.
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