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Objectif Cinéma
: Avez-vous toujours beaucoup
de matière à disposition, beaucoup de rushes ?
Donn A. Pennebaker :
Je filme autant que je peux, mais il y a toujours la contrainte
du budget. A Monterey, nous savions que pour un film de 90
minutes, nous ne filmerions qu’une dizaine de performances,
qu’une dizaine de morceaux. Nous étions partis dans
l’idée de sélectionner une chanson pour chaque
groupe ou artiste, mais forcément quand il s’agit de
Jimi Hendrix ou Otis Redding, il devient difficile de se réfréner.
Nous nous sommes donc retrouvés avec des images à
ne plus savoir qu’en faire et nous avons décidé
de faire plusieurs films : un sur Jimi, un sur Otis,
un sur Janis Joplin, avec leur performance en intégralité.
Cela donne des films d’environ une heure qui doivent sortir
en DVD et qui montrent des moments qui font maintenant partie
de l’histoire. Il fallait qu’ils soient faits, quel qu’en
soit le coût.
Objectif Cinéma
: Only the Strong Survive
a été tourné en DV. Le numérique
a-t-il changé votre façon de travailler ?
Donn A. Pennebaker
: Cela fait deux ou trois ans que je travaille avec le numérique,
et cela me donne une grande liberté. Je ne suis plus
obligé de recharger constamment, et ma capacité
à rester concentré sur l’événement
est plus importante. Je n’ai plus à faire tous ces
tours de passe-passe techniques, ce qui constitue un grand
pas en avant.
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Objectif Cinéma
: En ce qui concerne les concerts
et la musique, que considérez-vous comme le plus important :
la valeur intrinsèque et historique du moment en tant
que document ou ce que vous en faites ?
Donn A. Pennebaker
: Au bout du compte, on finit toujours par produire de la
fiction. On ne perçoit pas un concert de la même
manière au premier ou au dernier rang ; et il
y a donc forcément une dimension subjective. Si on
dispose de différentes prises de vue, on se retrouve
avec une sorte de questionnaire à choix multiples,
mais malgré tout la valeur historique demeure, même
si c’est une histoire très personnelle. De plus, je
ne filme que les gens que j’apprécie et que j’ai envie
de filmer.
Objectif Cinéma :
Pourriez-vous nous dire quelques
mots sur la génèse de Don’t Look Back
?
Donn A. Pennebaker
: L’idée ne venait pas de moi. Albert Grossman, le
manager de Dylan, est venu me voir pour me demander si j’étais
intéressé pour réaliser un film sur Bob,
et j’ai dit oui immédiatement. A l’époque je
travaillais dans l’ombre, sur des films courts que personne
ne voulait jamais acheter. Je gagnais un peu d’argent en tant
que cameraman ou en réalisant des spots publicitaires,
mais je voulais vivre de mes propres créations, et
quand Albert est venu me voir je n’ai pas hésité
une seconde, même si je connaissais peu Dylan. Comme
Time Magazine le détestait, je me suis dit que
c’était sans doute quelqu’un d’intéressant.
J’ai adoré tourner Don’t Look Back mais je n’aurais
jamais songé à contacter Bob.
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