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La gazette du doublage :
Dans votre parcours d’acteur physique,
quel rôle avez-vous tenu dans Héroïnes en 1998 !
Emmanuel Karsen : Dans
le film de Gerard Krawczyk, j’ai une superbe scène de trois
minutes avec ma guitare électrique ! En ce moment, je suis
en stand-by du côté rock, mais je suis vraiment musicien,
c’est ma passion. J’ai tout de même choisi ma vie, je ne suis
pas du tout frustré de ne pas être célèbre. Si demain, je
voulais réussir, je préférerais vraiment en tant que musicien.
Les rockers comme Iggy pop m’ont plus impressionné que les
acteurs comme Alain Delon ! Mais je suis assez fataliste car
je vais au casting de tournage quand on me téléphone. Maintenant,
quand je vois des acteurs très connus qui viennent faire du
doublage, c’est à la mode depuis un certain temps ! On se
dit qu’ils ont vraiment besoin d’argent (rires) ! Mais je
pense que certains feraient mieux de s’abstenir...
La gazette du doublage :
Peut-être ! Mais ce sont les services
marketing qui viennent les chercher pour les dessins animés.
C’est la même méthode aux Etats-Unis !
Emmanuel Karsen : Bien
sûr, mais ils sont payés avec des sommes astronomiques. Ce
n’est pas normal ! Ils devraient être tous logés à la même
enseigne que nous. Aussi, je tiens à dire que je n’ai jamais
démarché pour être payé au forfait, j’ai toujours travaillé
à la ligne. De nombreuses personnes viennent me voir pour
me pousser à obtenir plus d’argent sur Sean Penn. Je refuse
parce que je demande juste de me laisser tranquille quand
je travaille. Et en avoir le temps, je connais par cœur Sean
Penn, je pourrais le doubler tout seul mais j’ai toujours
besoin d’être dirigé. Sean est tellement un bon acteur, qu’en
fait, je n’ai rien à inventer, j’ai juste à bien l’écouter,
le regarder, et essayer de reproduire fidèlement son jeu.
Si je suis en accord avec son regard, je sais que je suis
naturel avec lui ! Enfin, je ne suis pas jaloux des comédiens
payés au forfait, tant mieux pour eux. Mais attention, si
on me propose de l’argent, je ne refuserais pas ! Je ne suis
pas stupide (rires) !
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La gazette du doublage :
Vous avez bien remplacé un jour ou
l’autre quelqu’un qui suit un acteur sur quelques films ?
Emmanuel Karsen : En 1998,
on m’a appelé pour David Thewlis dans Divorcing Jack,
je me suis souvenu que mon oncle Dominique Maurin le double
parfois, on me dit qu’il ne peut pas car il a une tournée
théâtrale à Colmar. Alors, je lui passe un coup de fil pour
savoir s’il est au courant du doublage de cet acteur anglais
un peu barge. Comme il le savait déjà, j’étais tranquille
pour passer les essais et on m’a choisi. Si ce n’était pas
le cas, j’aurais refusé de passer l’essai ! Vous comprenez,
il faut être solidaire entre nous ! Le problème aussi, ce
sont les emplois du temps, on ne travaille pas pendant trois
semaines et ça peut tomber au même moment ! Gérard Cohen,
le directeur artistique d’Accords et désaccords voulait
un redoublage du dvd de Birdy (1984) avec Nicolas Cage.
Il ne pouvait pas reprendre Dominique Maurin puisque sa voix
a vieillie tout naturellement ! Dominique lui a suggéré que
je pouvais le doubler à sa manière ! C’était sympa de sa part
parce qu’on ne s’aime pas trop dans la vie mais on se considère
vraiment dans le boulot. Comme j’avais donné mon accord à
Gérard Cohen pour faire Sean Penn, je n’ai pas pu jongler
avec les deux films ! C’est dommage parce que Birdy
est un film mythique !
L’un des acteurs que j’ai été déçu de perdre, c’est Brad Pitt.
En fait, j’en étais vraiment fan (rires) ! Je suis assez déçu
de l’avoir perdu mais vous savez je ne suis qu’un petit comédien
! Enfin, je ne suis pas trop aigri mais je vous jure, la veille
au soir de l’enregistrement, quand on débarquait de Fight
Club (1999), j’ai pleuré pour n’avoir pas été choisi,
pour vous dire que ça me tenait à cœur. Pas pour l’argent,
mais parce que c’était Eric Herson-Macarel qui ne l’avait
jamais doublé, il était même en concurrence avec moi sur L’armée
des 12 singes ! A cette époque-là, Jean-Pierre Dorat avait
dit au client - je m’en rappellerais toute ma vie - on était
tous les deux, il a dit en nous désignant "voilà, tu
as la Voix (Macarel), et le Tempérament (Karsen) ; débrouillez-vous
!" et le client a choisi le tempérament ! Et sur Fight
Club, il a finalement pris l’option de la Voix ! C’était
dommage parce que j’avais adoré le film à la projection. Macarel
a une voix plus lourde que moi, je me suis rendu compte plus
tard que c’est un ami sympa parce que sur Le poids de l’eau
quand le directeur a voulu me virer de Sean Penn, devant moi,
il a ouvert la porte et je vois Macarel dans le couloir !
Carrément, il lui demande de passer un essai sur Sean - j’étais
encore là, vous voyez l’humiliation - Macarel le regarde altier
et puis balance : "non, non, Sean Penn c’est Karsen ;
de toute façon, je ne suis pas libre, au revoir". Puis
il est parti comme ça, alors je lui lance : "Finalement,
t’es un pote, je ne t’oublierais pas" (rires).
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