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La gazette du doublage :
C’est clair ! Brad Pitt change beaucoup
de voix !
Emmanuel Karsen : Je pense
qu’ils ont peur que le comédien qui le double demande plus
d’argent ! C’est bête, Leonardo DiCaprio a toujours la même
voix avec Damien Witecka ! Pourquoi on en changerait l’un
et pas l’autre ! Surtout quand on double le même acteur et
qu’ils arrivent dans le même film, c’est embêtant ! Par exemple,
quand ce sont les frères Baldwin qui font beaucoup de téléfilms,
personne n’est propriétaire. Par contre, quand ce sont des
stars mondiales dans les films qui rapportent énormément d’argent,
et qu’on nous a même pas appelé, on a les glandes ! Dans Kalifornia
(1993), j’ai tout donné. Un autre film arrive six mois après
avec le même directeur, je ne suis même pas convoqué sur les
essais ! Je crois que c’était sur True Romance (1993)
!
La gazette du doublage :
Peut-être qu’ils n’ont pas aimé votre
prestation ou qu’ils ne cherchaient pas ce type de voix pour
le film !
Emmanuel Karsen : C’est
une grande part de relationnel ! Enfin, certains clients sont
quand même géniaux ! Pour Mystic River, c’était la
Warner et Sean Penn n’avait jamais fait de films avec eux
en tant qu’acteur. Ils se sont renseignés et on donne mon
nom. Je n’ai pas passé d’essai et je n’ai pas eu du tout de
pression. J’ai juste eu le coup de téléphone et je savais
que le film allait sortir, ça faisait trois mois, que je l’attendais
(rires) ! Sinon, je vous conseille de regarder She’s so
lovely (1997), c’est un bijou ! C’est le film que John
Cassavetes a toujours voulu tourner mais il est mort avant
de le réaliser ! Et son fils Nick a repris le flambeau. A
l’époque, le père avait choisi Sean Penn pour le rôle d’Eddy
Quinn parce qu’il savait que c’était le seul acteur à pouvoir
le jouer. Quand Nick a monté le film, il a appelé Sean parce
qu’il n’avait pas assez d’argent. Ils ont mis tous leur pognon
et sont crédités en participation. Le film a eu la palme d’Or
à Cannes... L’année d’après, Sean a été invité au Festival
de Paris en tant que Président ! Quand j’ai rencontré Sean,
c’était assez génial, parce que je venais d’enregistrer ce
film. Avec mon mauvais anglais, je lui dit She’s so lovely
was very difficult", il répond "Really" !
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La gazette du doublage :
Quand j’ai vu It’s about love
(2003) en v.o.s.t. puisqu’il n’y avait pas de v.f., j’ignorais
qu’il avait une voix assez caverneuse !
Emmanuel Karsen : Justement
ça me pose des petits problèmes ! J’ai moins de graves que
lui, mais j’essaye d’aller chercher dans les basses. Enfin,
ça dépend des films, par exemple, dans Accords et désaccords
(1999) de Woody Allen, il a une petite voix pour jouer un
guitariste ringard ; Sam je suis Sam (2001), c’est
limite dessin animé, il se balance et parle un peu avec le
nez ! A chaque film, il change de physique, ça ne me gêne
pas, mais vocalement, c’est un empaffé (rires) ! Maintenant,
ce n’est plus une histoire de doublage mais d’homme à homme
puisqu’on s’est rencontré en tant qu’homme ! Et comme il m’a
dit que je ne le trahis pas, je n’ai pas à m’inquiéter et
que je peux continuer ainsi !
La gazette du doublage :
Et les autres acteurs ?
Emmanuel Karsen : Sur Million Dollar Hotel
(2000), j’étais content d’être choisi par le réalisateur Wim
Wenders, mais j’ai doublé Jeremy Davies qu’une fois. De toute
façon, je ne pouvais pas le faire dans Il suffit d’une
nuit (2000) car il y avait Sean (rires). Enfin, ça permet
de rencontrer des réalisateurs ! Peter Ecolla m’a choisi sur
Sergio Castellito dans Concurrence Déloyale (2001),
ça fait plaisir ! Un jour, grâce à Jean-Pierre Dorat, j’ai
fait un personnage avec Claude Chabrol, je suis arrivé sur
le plateau et il m’attendait ! J’ai même rencontré Robert
Altman, aussi ! Une histoire de fou : on arrive à neuf heures
du matin au studio de Joinville, on était plusieurs à passer
des essais, l’assistante de Dorat nous demande d’arrêter nos
âneries et je lui réponds que ce n’est pas possible qu’Altman
se pointe à cette heure-là ! Je rentre sur le plateau en déconnant,
il y avait effectivement Altman (rires) ! J’aime bien aussi
le porto-ricain John Leguizamo, je l’ai doublé dans Empire
(2002) et Undeafeated (2003) pour les sorties dvds,
à chaque fois, c’est la même histoire avec le jeune dans le
Bronx qui veut s’en sortir, mais c’est un bon acteur !
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