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Mystic River (c) D.R.

La gazette du doublage : Êtes-vous toujours satisfait du résultat avec Sean ?

Emmanuel Karsen
 : Bien sûr, en général, quand je fais un doublage, c’est aussi important qu’un tournage ou qu’un concert de rock’n roll, si on n’a que 90 % de nos performances, ce n’est pas grave, c’est la vie ! Ce que je déteste, c’est qu’au doublage, le comédien fait semblant de pleurer quand l’acteur est dans cet état à l’écran, parce qu’en tant que spectateur, quand j’écoute en V.F., on n’a pas ce frisson qui déclenche l’émotion. Dans la version originale, si l’acteur fait semblant, on le sent.


La gazette du doublage : Dans Mystic River, vous étiez aussi bouleversant que Sean Penn lorsqu’il se met à chialer !

Emmanuel Karsen : Vous voyez, je vous ai eu (rires) ! On n’a pas le droit de tricher et quand l’acteur est bon, on fait le même effort. Je m’investis beaucoup, d’ailleurs sur ce film, j’ai eu une tendinite de cordes vocales ! Parfois j’ai honte d’entendre dire qu’il y a de mauvaises sélections dans le doublage, et même quand je dis à des personnes que le doublage est ma principale activité, on me répond que c’est vraiment nul parce qu’elles préfèrent toujours les films en V.O., c’est beaucoup mieux ! Du coup, en Province, ce qui me fait vraiment plaisir, quand ma mère va voir les films en V.F., c’est merveilleux parce qu’elle parle du filmet puis elle a des mots du genre "oh quel acteur formidable ce Sean Penn", elle m’a complètement oublié, elle va pas me dire "mon fils, tu es bien sur Sean" ! Quand c’est bien adapté, c’est magique ! On a les labiales sur les lèvres, c’est génial ! Quand vous regardez She’s so lovely, c’est tellement bien écrit qu’on croit que c’est Sean qui parle en français, c’est très rare… En plus, j’ai fait beaucoup de progrès depuis que je fais du doublage, vous imaginez toute la palette que j’ai en doublant Sean Penn, après on se retrouve devant la caméra, c’est presque dans la poche (rires). J’adore les dessins animés, c’est la cerise sur le gâteau, c’est réellement une grande liberté.

  La Dernière Marche (c) D.R.

La gazette du doublage : Ca va faire presque dix ans que vous avez Sean Penn, pouvez-vous me dire vos meilleurs moments ?

Emmanuel Karsen : Ce qui est drôle, je n’étais pas vraiment fan de lui, j’étais content de prêter ma voix sur La dernière marche (1995), mais je ne pensais pas que j’allais continuer à le suivre. J’ai eu le déclic avec She’s so lovely. Je suis devenu accro à l’acteur. Je l’ai adoré dans U-Turn (1997), il joue un pur looser qui ne lui arrive que des galères. Il n’est pas beaucoup présent dans La ligne rouge (1999), mais il crève l’écran, la première scène au bout de dix minutes quand on le voit arriver pour engueuler le héros principal, il est sacrément imposant. Mais bon, il est impressionnant en vrai, aussi ! Sinon, sur Mystic River, j’ai eu des compliments et des échos positifs, mais par contre sur Sam je suis Sam, on ne m’en a pas parlé, alors que pour moi, c’est un énorme film… Bien sûr, il était très dur à doubler, dans Mystic River, j’avais 250 lignes environ, alors que dans Sam je suis Sam que j’ai failli ne pas doubler, j’avais 700 lignes…


La gazette du doublage : J’aurais été très déçu de ne pas vous retrouver sur Sam je suis Sam parce que c’est l’une de vos meilleures performances pour relever le défi dans ce genre de rôle de déficient mental comme vous aviez si bien doublé Brad Pitt dans L’armée des 12 singes !

Emmanuel Karsen
 : Ce qui est dommage, Sean n’a pas obtenu l’Oscar ! Enfin, même s’il ne parle pas français, Sean sait qu’il peut retrouver la même musique dans les scènes d’émotions. Comme je suis compositeur, je peux m’apercevoir que la musique est universelle au niveau de la justesse. Dans la sincérité, il n’y a pas de langues, ça peut être en japonais ou en allemand, on doit avoir la même sensation. D’ailleurs, des novices s’imaginent qu’on double les acteurs physiquement (rires) ! Il faut bien se rendre compte que le doublage est tout de même une hérésie ! Je comprends que les Américains rigolent quand ils s’entendent en Français ! Mais ils savent que c’est le seul moyen de générer plus d’argent dans notre pays...